Pour un avenir prospère, tournez-vous vers les femmes.

Par Melinda French Gates

En juin, lors d’un voyage au Sénégal et au Rwanda, mon premier voyage en Afrique depuis le début de la pandémie, j’ai pu constater d’innombrables exemples africains d’innovations. Parmi celles-ci figurent notamment une université rurale formant la prochaine génération de professionnels de la santé mondiale ; une entreprise qui transforme des pneus usagés, lieux de reproduction des moustiques, en gazon synthétique et en combustible pour les cimenteries ; et une équipe de scientifiques développant des vaccins et des traitements de pointe pour lutter contre toutes sortes de maladies infectieuses. Après avoir passé 20 ans à me rendre sur le continent et à travailler avec ses dirigeants, je n’ai nullement été surprise de voir que des solutions africaines qui permettaient de répondre aux défis de l’Afrique. Je n’ai pas plus été surprise de découvrir que bon nombre des personnes talentueuses à l’origine de ces solutions étaient des femmes. Deux jeunes femmes de 20 ans ont créé E-cover, une société de recyclage de pneus, basée à Dakar. Les femmes sont aussi largement présentes dans les structures d’enseignement supérieur. Elles représentent notamment 70 % des étudiants de la « University of Global Health Equity », l’école dans laquelle je me suis rendue à Butaro, au Rwanda, ainsi que la moitié du personnel de l’Institut Pasteur de Dakar, une institution de recherche de renom et un fabricant de vaccins et de solutions de diagnostics. Ces femmes jouent un rôle important pour l’avenir de l’Afrique. Mais pour y arriver, elles ont dû, comme la plupart des femmes du monde, persévérer et surmonter des difficultés économiques, une répartition inégale des responsabilités en matière de soins et une norme culturelle omniprésente selon laquelle le rôle des femmes demeurerait, avant tout, la gestion du foyer. Ce succès durement gagné est un exemple pour leurs familles et leurs communautés. En outre, les femmes autonomes et en bonne santé contribuent à l’amélioration de l’équité en santé, aux progrès technologiques et à assurer un avenir financier plus sûr pour tous. Selon une estimation de la Banque mondiale, si les femmes disposaient des mêmes moyens financiers que les hommes, la richesse mondiale totale augmenterait de 14 %. L’égalité des sexes demeure à la fois un défi global – et ce notamment depuis la pandémie qui a eu pour effet d’exacerber les inégalités entre les sexes – et une opportunité. À la Fondation Gates, nous réalisons l’importance capitale de permettre aux femmes d’accéder aux mêmes opportunités que les hommes afin de réaliser leur plein potentiel. Nous avons également appris ce qui est nécessaire pour y parvenir. Au lieu de laisser aux femmes le soin de surmonter par elles-mêmes les obstacles systémiques auxquels elles sont obligatoirement confrontées, les dirigeants peuvent stimuler des progrès beaucoup plus rapides en mettant en œuvre des politiques et des pratiques volontaires pour permettre l’élimination de ces obstacles. Parmi les domaines dans lesquels des actions immédiates permettraient de faire une grande différence, on retrouve notamment : Les soins de qualité. Lorsque les femmes ont accès à des soins médicaux de qualité et sont maitre de leurs propres choix en matière de santé et de planification familiale, le résultat n’est pas uniquement une amélioration du niveau de santé et de productivité des femmes ; cela se ressent également sur leurs familles (y compris les hommes dans leur vie) et leurs communautés.

Pourtant, trop souvent, les problèmes de santé des femmes sont marginalisés. J’ai visité le centre d’appels de Babyl Rwanda. Ce centre gère quotidiennement 3 000 rendez-vous de télésanté avec des médecins et des infirmières, et est un excellent exemple d’organisation qui veille à ce que les femmes ne soient pas laissées pour compte. Les soins médicaux par téléphone sont une approche transformatrice pour tous, mais surtout pour les femmes vivant en zones rurales – pour qui il peut s’avérer difficile de laisser enfants et travail derrière afin de se rendre à une clinique ou même difficile d’aborder des questions de santé sexuelle avec leur médecin, bien qu’elles puissent les connaitre personnellement. Initialement, le système a rencontré quelques problèmes. Le centre Babyl Rwanda a constaté que les femmes avaient du mal à prendre rendez-vous car les comptes Babyl étaient liés à des téléphones portables individuels, ceux-ci appartenant souvent à leurs maris. Ce problème a été résolu en modifiant le système d’identification des patients et en adoptant leur numéro de carte d’identité nationale. Plusieurs personnes peuvent désormais utiliser les services de télésanté sur un même téléphone, et le nombre de femmes utilisant ces services a doublé. Le soutien aux entreprises tenues par des femmes. Une étude de la Banque mondiale menée dans 10 pays africains a révélé que les entreprises détenues par des hommes bénéficiaient de six fois plus d’investissements en capital que les entreprises tenues par des femmes. Au Sénégal, alors que 31 % des entreprises appartiennent à des femmes, celles-ci n’ont accès qu’à 3,5 % des capitaux disponibles. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de manquer de garanties et de devoir faire face à la fois à des préjugés sexistes et à un coût plus élevé de capitaux. Grace à WIC Capital, une structure fondée par Thiaba Camara Sy et qui finance exclusivement des entreprises dirigées par des femmes, diverses entrepreneures en Afrique, dont Yaye Souadou Fall et Khady Diallo et leur société de recyclage de pneus, ont pu combler cet écart, employer des centaines de personnes et mettre de nombreux produits indispensables sur le marché. Imaginez les avancées dont les Africains pourraient bénéficier si les gouvernements et les institutions financières investissaient davantage dans le pouvoir de transformation des femmes entrepreneures en attribuant des ressources aux entreprises appartenant à des femmes, y compris un meilleur accès à des crédits abordables. L’accès aux services de garderie pour enfants. À l’Institut Pasteur de Dakar (IPD), plusieurs des femmes m’ont dit qu’elles pouvaient travailler uniquement parce qu’elles avaient pu trouver des services de garde à l’enfance. De nombreuses femmes n’ont pas cette option. Le manque de services de garderie accessibles et abordables est non seulement un défi logistique pour les familles, mais également une importante opportunité économique manquée pour leur pays. Selon l’Organisation internationale du travail, l’adoption de politiques globales de soins permettrait d’augmenter les taux d’emploi en Afrique de près de 11 % pour les femmes et de 8 % globalement, car la disponibilité de services de garderie profite également aux hommes. L’IPD est sur le point de devenir le premier site africain de production de vaccins à haut volume, y compris contre la COVID. Les progrès de l’IPD dépendent en grande partie de la capacité des femmes scientifiques à pouvoir apporter leur contribution. Ainsi, bien que les innovations qui naissent dans les laboratoires de l’IPD soit nécessaires, le centre de garderie pour enfants que l’Institut construit s’avère être tout aussi important. Il existe un autre changement, de nature plus profonde, qui permettrait à l’Afrique de maintenir, et même d’accélérer son élan. Presque toutes les femmes avec qui j’ai pu m’entretenir lors de ma visite, et ce, peu importe leur âge et leur expérience, m’ont parlé des remarques auxquelles elles sont constamment confrontées : « N’ayez pas trop d’ambition professionnelle ou vous ne parviendrez jamais à trouver un mari. », « C’est un métier d’hommes. Que faites-vous dans ce milieu ? », « Si vous insistez pour devenir médecin, au moins n’envisagez pas une carrière de chirurgien, ou vous ne pourrez pas être une épouse et une mère. ». Ce problème ne se limite certainement pas uniquement à l’Afrique. Chez moi, aux États-Unis, les femmes sont également confrontées à des remarques similaires. Il n’existe pas de moyen facile de changer les mentalités. Mais la première étape consiste à comprendre l’impact engendré lorsque des efforts dans ce sens sont réalisés. Les politiques et les programmes visant à faire progresser les femmes ne sont réellement efficaces que s’ils sont accompagnés d’efforts stratégiques visant à aider les gens à comprendre que lorsque les femmes sont encouragées à atteindre leur plein potentiel, cela crée un ensemble de possibilités bénéfiques à tous. Au Sénégal, j’ai rencontré Binta Diao, une femme qui, à l’âge de 14 ans, a été forcée de quitter l’école pour épouser un homme ayant presque le double de son âge. À 20 ans, elle a commencé à suivre des cours à Tostan, une organisation qui dispense des cours sur les Droits de l’Homme, la démocratie, la santé et l’économie aux communautés ouest-africaines. Les femmes qui ont suivi les formations de Tostan contribuent à l’évolution des normes culturelles tout en démontrant à leurs maris que lorsque les femmes gagnent un revenu, les hommes en bénéficient également. Binta a commencé par vendre des légumes, puis du lait de vache, et est aujourd’hui l’animatrice d’une émission de radio à succès. Elle aborde des sujets portant sur la santé maternelle et néonatale, motive d’autres femmes à créer leur propre entreprise et partage des conseils sur les projets susceptibles d’être rentables. Le constat de Binta est édifiant. « Avant, je n’étais qu’une femme ordinaire », confie-t-elle. « J’étais rabaissée » a-t-elle ajouté. Mais aujourd’hui quand elle parle, les gens écoutent. Grâce à de tels efforts, la vision des femmes au sein de plus en plus de communautés commence à évoluer et ces communautés commencent à prospérer. Ce n’est que lorsque les expériences de femmes comme Binta ne seront plus minimisées et que les dirigeants africains percevront enfin le potentiel illimité de toutes les femmes du continent, qu’ils seront en mesure de permettre des progrès extraordinaires pour tous.

DEVOIR de Mémoire

Par: Issa Rhossey

Évoquer la mémoire de Mamane Abou, n’est pas chose aisée !!!

De quoi pourrais-je parler sans trahir votre si belle mémoire… Car l’homme a en vérité de multiples et diverses dimensions. Le Défenseur de la Démocratie, qu’on a vue a la conférence Nationale harangué la foule.

Le journaliste qui n’hésite devant rien pour mettre la vérité en exergue ? L’homme d, affaire dont les entreprises sont un exemple de réussites ? Ou le mécène qui a tant fait pour des artistes a leur début ? Où l’homme social dont l’écoute et l’attention sont reconnues a l’unanimité ?

Mamane Abou fut tout cela, et mieux encore plus que tout cela il a aidé tout simplement son pays a être meilleur chaque jour un peu plus ! Ma rencontre avec l’homme fut intellectuelle, je l’ai connu derrière un écran de télévision, et un peu plus tard a travers ses éditoriaux au Républicain, ce fameux compagnon qui a bercé ma solitude dans les geôles de kolo, alors jeune lycéen, arrêté pour atteinte à la sûreté nationale, intelligence avec des chefs des mouvements rebelles… Tenez vous bien, le dossier a été concocté trois mois après mon arrestation dans les fameuses rafles de la troupe. A ma sortie je tentais de rencontrer Mamane Abou…

Cette rencontre n’eut pas lieu, bien qu’on a échangé à maint reprise. La mort révèle les œuvres du vivant ! A la mort de Mamane Abou ce fut un déluge d’éloges et de reconnaissance venant de toutes les couches sociales. Cela démontre la grandeur de l’homme ! Son engagement et son immense bonté. Deux de ses collaborateurs très proches, ont eu le même mot, sans aucune concertation, pour le qualifié, Mamane Abou est « Unique » m’ont-ils confiés.

Paix a ta mémoire… Mon frère d’âme !

Démographie-Développement-Religion : Raccourci malthusien

Même si on sait que le bruit autour du débat sur la polygamie s’est calmé, on va quandmême y revenir parce que de toutes les façons cette question finira par revenir lorsque les pouvoirs publics ne trouveraient plus d’arguments pour justifier l’échec de leur gestion. En effet, l’on a remarqué qu’à chaque fois que la question de la polygamie (au sens de polygynie) s’invite à la table des discussions, il ne faut pas attendre longtemps pour qu’un certain élan intellectualiste émerge du rang de ceux qui se pensent dépositaires d’un docte immuable à trancher à la place des véritables concernés. Des analyses essentialistes qui n’ont rien de bien plus consistant que la superficialité de leurs conclusions fusent pour vouloir délégitimer le choix de celui qui aspire à jouir pleinement d’un droit souverain que Le Souverain lui a donné. Malheureusement pour eux, cette démarche, quel qu’empruntant un certain empirisme forcé, bute sur une réalité évidente qui dévoile à contre gré toute leur réelle motivation : Plaire à César au détriment de Dieu. Si Son Excellence Monsieur le Président de la République a réussi à « provoquer le débat », certains Perillos d’Athènes au service de leur Phalaris des temps modernes, ont, eux, réussi à le dénaturer en établissant tout de suite un lien de causalité entre polygamie et surnatalité ou entre polygamie et pauvreté endémique. Tenez-le pour dit ! Il n’y a aucun pays au monde où la polygamie est plus pratiquée que la monogamie. Comment la polygamie pourrait-elle alors être à la base de ces maux qu’on lui attribue ? Ces raccourcis de pensées malthusiennes qui tendent à distraire et amuser les esprits obtus doivent être recadrés. Par ailleurs, un article intitulé « Démographie-Développement-Religion », a circulé, où l’auteur se lançait dans une dissection sociologique de la polygamie en faisant des comparaisons avec d’autres pays, en s’autorisant la citation et l’interprétation de versets et hadiths dans une approche exégétique fort boiteuse pour finir en pirouette sur une note apologétique envers le Roi. Qu’il soit seul à répondre de sa responsabilité sur l’interprétation qu’il fait des Écritures citées. Parler au Niger de « polygamie débridée, qui consiste à collectionner épouses et enfants », c’est manquer de respect à notre morale sociale, et un outrage aux hommes responsables dont nos parents en premier. Selon l’Islam, le mariage (la polygamie y compris) reste le seul moyen légal d’assurer la croissance démographique, source de force pour la nation et un moyen d’impulser sa croissance économique. Tel serait le cas si les dirigeants savaient assurer une bonne gestion des affaires publiques et exploiter judicieusement les ressources nationales. Le Niger, jaloux de sa souveraineté Quant à l’auguste Université d’Al-Azhar, elle est bien une autorité islamique, mais pas « la plus haute de l’Islam sunnite ». Les avis d’Al-Azhar ou de ses dignitaires ne s’imposent nullement au monde musulman comme on voudrait nous le faire croire. C’est une litanie métropolitaine. Pour l’exemple, la Commission Permanente des Grands Oulémas de l’Arabie Saoudite, le Conseil Supérieur des Imams de la Côte d’Ivoire, ou le Conseil Islamique du Niger ne sont aucunement sous l’autorité d’AlAzhar ! Mais sur les exemples de pays qu’il a donnés en vue de corroborer son argumentation, on va remettre en lumière les tentatives d’extorsion de la vérité. Concernant les pays musulmans cités qui encadraient le recours à la polygamie sans l’interdire, même si on partage le même référentiel islamique avec ces pays, et là encore, on ne partage pas pour autant les mêmes réalités socioculturelles, les mêmes lois et surtout pas les mêmes citoyens ou les mêmes dirigeants. Sachant que parfois telle ou telle question islamique doit tenir compte, selon la charia, de tous ces facteurs. Pour les deux seuls pays musulmans qui l’ont interdit, soyez honnête Monsieur ! Dites aux gens que pour le cas de la Turquie, ce n’est pas spécialement la polygamie qui était interdite parce qu’elle poserait problème. C’est tout l’islam qui était vidé de sa substance dans un contexte de laïcisation outrancière au travers de laquelle un certain Mustapaha Kemal « Atatürk » (Président de 1923 à 1938) entreprit un sinistre projet d’effacement identitaire de l’islam : interdiction de l’appel à la prière, transformation de mosquées en musées, suppression de l’islam en tant que religion officielle, abolition des instances chariatiques, etc. En quoi citer ce pays serait-il un exemple pour les musulmans quand on connait le contexte islamophobe dans lequel cette interdiction est intervenue ? C’est comme leur citer en exemple la France où l’on retrouve quasiment tous ces interdits sous le coup des lois de la République. Dites-leur aussi que malgré l’interdiction, la pratique de la polygamie est vivement recommandée pour stopper la vague d’infidélité et/ou d’adultère auxquels se livraient 85% des hommes turcs selon la conseillère conjugale et municipale Sibel Üresin du parti AKP (Parti de la justice et du développement, au pouvoir). https://www.upi.com/TopNews/ World-News/2011/05/24/ Turkish-counselor-advocatespolygamy/11151306270793/ Dites-leur que malgré l’interdiction de la polygamie, le Président Recep Tayyip Erdogan a autorisé son conseiller Ali Yüksel, alors qu’il était premier ministre, à épouser une quatrième femme, malgré l’illégalité. Tout le contraire de chez nous où on voulait interdire aux ministres (supposés avoir les moyens) de prendre une « femme supplémentaire », malgré la légalité. https://www.liberation.fr/ planete/2010/08/07/turquiehaut-conseiller-polygame-ch4e-epouse670775/ Enfin dites-leur que pour le cas de la Tunisie, depuis son interdiction de la polygamie en 1956 par le Président Habib Bourguiba, elle est devenue le seul pays musulman au monde où la violence conjugale augmente chaque année de 7% au lieu de diminuer. Selon une enquête du Ministère Tunisien de la Femme, au moins 47 % des femmes ont été victimes de violences conjugales et domestiques au cours de leur vie et ce pourcentage est en train de monter. Aujourd’hui, les descendantes de celles qui applaudissaient hier dans la salle la décision ‘’Courageuse et Historique’’ de Habib Bourguiba militent pour que ces interdits soient levés. http://kapitalis.com/…/desfemmes-militent-pour-le…/ A chaque fois qu’on essaye d’interdire le naturel par le juridique, les conséquences seront plus désastreuses et donneront totalement tort à toutes les analyses ou projections qu’on pourrait faire. Cette manie à vouloir limiter les hommes de chez nous à une seule femme pour des soucis démographiques ou économiques correspond exactement à la manie de vouloir limiter les hommes de la Chine à un seul enfant pour des raisons aussi démographiques ou économiques. Qu’est-ce que cela a donné en Chine depuis l’interdiction de faire plus d’un enfant ? La Conséquence collatérale de cette politique : la part des femmes dans la population a peu à peu diminué, pour atteindre 48,48 % en 2014, soit 106 hommes pour 100 femmes. Le chiffre est encore plus impressionnant au sein de la génération née en 2010, où l’on comptait près de 118 naissances de garçons pour 100 naissances de filles, notamment à cause d’avortements sélectifs. Les femmes étaient en sous nombre et se faisaient facilement enlevées ou kidnappées. https://www.lemonde.fr/lesdecodeurs/article/2015/10/29/ chine-l-impact-de-la-politiquede-l-enfant-unique-en-deuxgraphiques47996094355770.html L’exemple des autres nations ou dignitaires n’est pas une norme. La Mauritanie, l’Indonésie, ou l’Egypte ne sont pas pour nous une référence en matière de conformité à la Sounnah. Non. Nous avons hérité d’un Islam dont le monde doit être jaloux : transmise par d’éminents oulémas de toutes les régions du Niger, notre pratique n’a de références que le Coran, la Sounnah et la voie des pieux prédécesseurs. Osez en intellectuel « L’intellectuel est un individu qui joue, au sein de la société, un rôle particulier qui ne saurait être réduit à celui d’un professionnel anonyme ; il est doté de la capacité de formuler une pensée ou une opinion, aussi bien en direction d’un public qu’en son nom. Et c’est un rôle délicat, car cet individu mettra un point d’honneur à poser publiquement des questions embarrassantes, à affronter l’orthodoxie, à incarner celui qui ne peut être facilement coopté par les autorités, et dont la raison d’être est de représenter les personnes et les problèmes qu’on a l’habitude de glisser sous le tapis. » (Edouard Saïd, Representations of the Intellectual). Cacher au peuple la réalité pour plaire au dirigeant, cacher ensuite à ce dernier les désastreuses conséquences de certaines décisions qu’il pourrait prendre, n’est-ce pas là une des pires trahisons du sachant à l’ignorant ? Soyez assez courageux pour dire aux dirigeants que l’échec des politiques publiques et des dynamiques de développement n’ont aucun lien placentaire d’avec la polygamie. Osez nommer la mauvaise gouvernance et notre oisiveté qui en sont la source et surtout qui s’opèrent à tous les niveaux de l’appareil étatique et de la société. Soyons aussi courageux pour rester dans notre sphère de compétence, interpréter les textes et principes de l’Islam étant une spécialité plus pointue et plus rigoureuse que l’aventure pour un sociologue dans la pensée de Machiavel, de Hegel ou d’un Schopenhauer. Le texte de Dr JMS va jusqu’à faire une crasse diversion sur la pratique de la Sounnah en estimant que le Nigérien serait plus enclin à la polygamie qu’à la pratique « du jeûne de lundi et jeudi, celle de prier 12 unités de prières facultatives par jour, ou 2 Rakats avant le Fajr, et la Sunnah du Tahajjud … » Non ! Le villageois le plus éloigné de la Sociologie battra en brèche une telle assertion ! Au Niger, nous ne sommes pas « plus experts que le Prophète Mohamed (PSA) sur l’Islam ». Et nous n’avons pas non plus la prétention de certains experts improvisés de la chose islamique. Les textes s’interprètent sans passions Voici en effet l’épisode du remariage d’Ali (qu’Allah l’agrée), tel que rapporté par Boukhari et Mouslim : Al-Miswar Ibn Makhrama rapporte : « Ali demanda en mariage la fille d’Abou Jahl. Fatima ayant eu vent de l’affaire, elle alla trouver le Prophète (paix et salut sur lui) et lui dit : « Ton peuple prétend que tu ne te mets pas en colère pour tes filles, et voici que Ali va épouser la fille d’Abou Jahl. » Le Prophète (paix et salut sur lui) se leva et je l’entendis dire, après la profession de foi : « …Quant à Fatima, c’est un morceau de moi-même, et tout ce qui lui fait du mal m’est pénible. » » – Une variante donne : « J’ai entendu le Prophète (paix et salut sur lui) dire sur la chaire : « Les Banou Hachim Ibn al-Moughira ont demandé la permission de marier leur fille à Ali Ibn Abi Talib. Cette permission, je la refuse, je la refuse, je la refuse, à moins que le fils d’Abu Talib ne veuille répudier ma fille pour épouser la leur. » » – Une autre variante donne : « Et je crains qu’elle ne soit éprouvée dans sa religion… Je ne déclare pas illicite ce qui est licite, ni licite ce qui est illicite, mais par Dieu, jamais la fille de l’Envoyé de Dieu et celle de l’ennemi de Dieu ne seront réunies chez un même homme. » Et Ali renonça à son projet de mariage. » Le Prophète (paix et salut sur lui) a pris une position en tant que père et l’a motivée :  » Fatima, c’est un morceau de moi-même, et tout ce qui lui fait du mal m’est pénible… Je ne déclare pas illicite ce qui est licite, ni licite ce qui est illicite, mais par Dieu, jamais la fille de l’Envoyé de Dieu et celle de l’ennemi de Dieu ne seront réunies chez un même homme. » Avez-vous lu ça ? Allah a autorisé la polygamie pour servir l’intérêt des hommes et des femmes. Si des abus apparaissent sous certains toits, il convient que la société et les intellectuels enseignent les principes fixés par Dieu en la matière pour résorber les écarts constatés, et faire respecter les conditions et les bienséances fixées par Dieu. « Il a été démontré que les ordres donnés par la charia ont toujours pour objectif de servir un intérêt… Par conséquent, à toute cause faisant l’objet d’une disposition de la Loi correspond un intérêt servi par cette disposition ; si l’on s’aperçoit qu’un mal quelconque pourrait en résulter, il faut bien savoir que ce mal n’est pas la conséquence de la cause motivant la disposition de la Loi, mais bien qu’il est la conséquence d’autres causes qui lui sont propres. » (Chatibi, Al-mouwafaqat, vol 1, p. 138). Cheikh Abdoul Halim Abou Chouqqa dit : « Les enseignements et les dispositions législatives de l’Islam s’adressent aux croyants intègres qui obéissent à Dieu et à Son Prophète et s’efforcent d’appliquer la Loi divine en toute circonstance, en respectant ses commandements et ses interdits. » (Encyclopédie de la femme en Islam, vol.2, p.520). En effet, la polygamie a des conditions : La capacité d’être équitable (sourate 4, verset 3), la capacité de subvenir aux besoins des épouses, de leurs enfants et de leurs dépendants (selon l’usage du milieu) (hadith de Abdallah Ibn Amr rapporté par Abu Dawud) et la capacité de bien assumer ses responsabilités (sourate 66, verset 6 ; hadith d’Abdallah Ibn Oumar rapporté Boukhari et Mouslim). Ces conditions n’ont pas empêché aux califes bien-guidés, aux sahabas et à d’autres musulmans reconnus pour leur piété et leurs bonnes œuvres d’être polygames et équitables. Ils comprenaient mieux la portée et la teneur des principes, contrairement aux diversions et distorsions qui nous ont été servies dans le sillage du 13 mai. On a invoqué le verset 129 de la sourate 4 qui dit en substance : « Jamais vous ne pourrez être équitables entre vos femmes même si vous en êtes soucieux. Du moins, ne vous penchez pas tout à fait vers l’une d’elles au point de laisser l’autre comme en suspens. Mais si vous vous réconciliez et vous êtes pieux… alors Allah est, certes, Pardonneur et Miséricordieux. » Ibn Hajar (lui qui est expert) explique ce verset : « Du moment que le mari distribue également les vêtements et l’argent à ses épouses et partage ses nuits entre elles, il n’y a rien à lui reprocher s’il éprouve plus d’affection pour l’une ou pour l’autre. » (Fath albâri). Puis il rapporte la pratique du Prophète (paix et salut sur lui) en la matière quand il dit : « Seigneur ! J’ai partagé ce dont je suis maître, ne me fais pas reproche de ce dont je ne suis pas maître mais dont Toi seul est maître. » (hadith rapporté par Aicha, la femme du Prophète). La polygamie a aussi ses motifs selon la législation islamique. Il est possible de l’encadrer sans en faire une politique nationale ni l’interdire car sinon on se placerait au-dessus de la loi divine en pensant mieux servir Dieu. Imam Chawkâni affirme : « Il n’est pas permis de renoncer aux actions licites ; s’abstenir du licite n’est pas une action pieuse. » Ensuite, aucun esprit réducteur ne fera croire aux Nigériens qu’ils ne peuvent pas être plus experts ou comprendre mieux la religion que d’autres nationalités. Non, nous ne sommes pas moins instruits, ni moins intelligents. Pourquoi voudriez-vous que le Nigérien ne soit pas un exemple de probité, de science, de pratique religieuse et de rectitude ? Plaît-il ? Quels sont les « défis et challenges du Niger » les plus importants qui méritent une sortie urgente au plus haut niveau ? Le débat lancé le 13 mai se situe à quelle place dans l’échelle des priorités nationales du moment ? La majorité des femmes et des hommes de ce pays ont perçu les argumentaires de la Journée de la Femme Nigérienne comme adressés plutôt à une opinion autre que nationale. Que proposons-nous aux veuves et orphelins des FDS tombés sur le champ d’honneur ? Quid de la misère qui frappe aussi bien les familles monogames, polygames que ceux qui n’ont que leurs propres bouches à nourrir ? Que dit-on du défi de la corruption, de la cherté de la vie, du chômage, de la sécurité, des inconséquences dans l’administration, de la dépravation des mœurs dans nombre de couches sociales, de la perte de repères des jeunes ? L’irresponsabilité reste une géométrie variable !

Par Abou Abdallah S.