« chaque entreprise a une responsabilité sociale et environnementale »

(Echos du Niger 7 dec)Dans le cadre de leurs fonctionnement, certaines entreprises notamment les usines et les grandes unités de productions déversent des résidus dans l’environnement et ou dégagent la chaleur et de la fumée une action qui peut contribuer à la pollution et conduit au réchauffement climatique. De ce fait, selon Sani Ayouba Directeur Exécutif de Jeune volontaire pour l’Environnement JVE «chaque entreprise a une responsabilité sociale et environnementale par rapport à l’impact de ces activités du point de vue environnemental et sociétal » Dans leurs cahier de charge les entreprises notamment celle ayant une forte empreinte carbone prennent l’engagement compenser leur impacts sur l’environnement à travers des actions sociales et des activités de sauvegarde. Toutefois ces engagements ne sont pas remplis dans bien de cas indique Ayouba Sani. Pour ce défenseurs de l’environnement les sociétés doivent être individuellement suivies et évaluées sur leur engagement environnemental pour une meilleure efficacité. « il faut voir ce que chaque industrie pose ou cause à l’environnement et quelles sont les actions que ces entreprises proposent ou exécutent pour réparer le tort qu’elles sont en train de causer au niveau de l’environnement » explique Sani Ayouba.

Au Niger la législation en matière de protection de l’environnement est moins contraignante vis-à-vis des grandes entreprises notamment celles de l’industrie extractive qui ont un impact destructeur sur l’environnement.

Ismael Bagoudou

Niger : À Paris, le président Bazoum dévoile son plan pour réduire la pauvreté au Niger

(Échos du niger, 6 décembre) Lors de la présentation du plan de développement 2022-2026 à Paris ce lundi 5 décembre 2022, le président Bazoum a dévoilé son plan pour réduire le taux de pauvreté qui se situe actuellement à 43 % à 35 % en 2026. Le montant total de ce plan de développement est d’environ 30 milliards d’euros. 13,35 milliards d’euros devront être apportés sur ressources propres par l’État. Le Niger attend 10,28 milliards d’euros des partenaires techniques et financiers et 5,99 milliards du secteur privé. Le président Bazoum a expliqué que ce nouveau plan de développement tournait autour de trois axes : le développement du capital humain, l’inclusion et la solidarité ; la consolidation de la gouvernance, de la paix et de la solidarité ; la transformation structurelle de l’économie. « En mobilisant suffisamment de ressources, nous créerons les conditions de la diversification et de la modernisation de l’économie du Niger, du développement du capital humain, de la consolidation de la gouvernance, de la paix et de la sécurité », a assuré le chef de l’Etat. A l’issue de cette table ronde 22,3 milliards euros d’engagement ont été pris par les différents PTFs présents à ce rendez-vous. La plus grosse enveloppe vient de la Banque mondiale qui s’est engagé à accompagner le PDSES 2022-2026 à hauteur de 4,2 milliards de dollars. Le PNUD promet 2,7 milliards de dollars ; 2,7 milliards de dollars du système Nations-Unies ; 2,4 milliards d’euros de la BAD ; 2,3 milliards pour l’UE ; 2,5 milliards ; 100 millions d’euros pour mes Pays-Bas, La France promet 750 millions d’euros, la BOAD s’engage pour 680 millions d’euros, Altius RCI 140 millions d’euros, BID 500 millions de dollars, BADEA 500 millions d’euros Selon la Banque mondiale, le Niger devrait connaître un taux de croissance annuel d’environ 8,5 % sur les 5 prochaines années grâce notamment à une augmentation de la production du pétrole.

Youssouf Sériba

Sécurité : un garde forestier assassiné à Say

(Echos du Niger, 6 décembre)Dans la nuit du dimanche 4 décembre au lundi 5 décembre, un garde forestier a été abattu et un policier porté disparu dans une attaque perpétrée par des hommes armés dans l’ouest du pays, indique l’agence turque Anadolu. L’attaque qui a entraîné la mort du sergent chef Seyni Mamoudou a été dirigée contre le poste mixte police, gendarmerie, eaux et forêts situées dans la région de Say. Selon une source sécuritaire contactée par Échos du Niger, les assaillants étaient venus à bord d’un véhicule escorté par plusieurs motos aux environs de 2h 30m et ont commencé ouvrir le feu sur le poste tuant ainsi Seyni Mamoudou qui venait de terminé sa ronde. La réaction vigoureuse des éléments des FDS a permis de repousser l’ennemi, bilan un terroriste tué et un suspect interpelé au pole antiterroriste à Niamey selon notre source. Le poste attaqué, situé à l’entrée de la ville de Say était à proximité du Parc du W, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette zone où se croisent les frontières du Niger, du Bénin et du Burkina Faso est en passe de devenir la seconde zone des trois frontières. Les attaques terroristes ne cessent de s’y multiplier depuis quelques mois. Au mois d’octobre dernier, deux policiers nigériens avaient été tués dans une attaque dirigée contre le poste de police de Tamou qui se trouve également proche du parc W.

Mawulolo Ahlijah

Sept (7) personnes mortes dans un incendie à Gaya

(Échos du Niger 2 dec)Dans la nuit du 1 au 2 décembre 2022, aux alentours de 23 heures 30 minutes, un incendie s’est déclaré dans une résidence privée dans la ville de Gaya. Selon le chef de la protection civile et responsable du corps des sapeurs pompiers de la ville, les causes de cet incendie restent pour le moment inconnues. Néanmoins, le bilan humain est lourd. Au moins sept (7) personnes ont péri dans les flammes. Les victimes sont une mère de famille et ses 4 enfants. La domestique de la maison et un jeune homme venu assister la famille après avoir été alerté par les cris de détresse. Les enquêtes sont en cours pour déterminer les causes de cet incendie. Le bilan matériel est également lourd, une grande partie du matériel que comprenait la maison au niveau du salon est partie dans les flammes. Selon le responsable du corps des sapeurs-pompiers, le feu aurait débuté au salon. Par conséquent, une fois sur place, les sapeurs pompiers n’ont pas pu avoir accès aux chambres pour porter secours à la famille.

Le gouverneur de la région de Dosso, Albachir Aboubacar, a exprimé ses vifs regrets et manifesté sa sympathie à la famille et aux proches des personnes qui ont trouvé la mort dans ce drame. C’est le lieu d’inviter toute la population nigérienne à plus de prudence lors de la manipulation des substances inflammables comme le gaz butane notamment.

Youssouf Sériba

Inclusion financière : Le Niger reçoit plus de 10 milliards de franc CFA du Fonds africain de développement

(Échos du Niger 1er dec) Le Fonds africain de développement, la structure chargée des prêts consessionnels au sein du Groupe de la Banque africaine de développement(BAD), vient d’approuver un financement de 16 millions de dollars en prêts et subventions au profit du Niger soit 10,1 milliards FCFA. Ce montant devrait permettre d’exécuter des projets visant au renforcement du secteur financier. Ces programmes doivent aider à la mobilisation de ressources à long terme pour les prestataires de services financiers et améliorer l’inclusion financière des populations vulnérables. Un accent particulier est mis sur les femmes, les jeunes, les ruraux ainsi que les petites et les moyennes entreprises. Dans les détails, ce montant permettra de mettre en place un mécanisme de financement capable de répondre aux besoins des micros, petites et moyennes entreprises. Il devrait aussi servir au renforcement des capacités techniques et opérationnelles des prestataires de services financiers. Grâce à ces initiatives, ces derniers seront plus à même de développer des produits et services financiers qui répondent aux besoins de la population. Le ministre des finances nigérien Ahmat Jidoud, a affirmé que « cet appui de la Banque africaine de développement va renforcer les capacités techniques et financières des prestataires de services financiers au Niger, notamment les systèmes financiers décentralisés, ce qui permettra d’élargir l’accès aux services financiers au plus grand nombre de nos concitoyens, notamment ceux qui vivent en milieu rural ».

Youssouf Sériba

Formation : 29 structures vont se partager plus de 200 millions de francs CFA dans le cadre du projet Prodec

(Échos du Niger 1er dec) Dans lecadre du Projet de Développement des Compétences pour la Croissance (Prodec) initié par la Banque Mondiale et L’État nigérien, 29 projets de formation professionnelle privés vont recevoir un financement pour pouvoir développer leurs activités. En fin de semaine dernière, les responsables de ces 29 structures et ceux du Prodec ont procédé à la signature d’une convention de financement. Le montant total des financements est de 438 000 USD soit plus de 277 millions. Il sera mis à disposition des structures concernées afin que ces dernières puissent fournir à un plus grand nombre des formations dans des domaines porteurs. Selon les mots du coordonnateur adjoint du Prodec, Bako Yahaya « ce projet accompagne les structures intervenantes dans les filières porteuses, pourvoyeuses d’emplois, notamment l’agro-industrie, le BTP, les métiers de cuirs et peaux, l’hôtellerie et la restauration ». Le Prodec a été lancé en 2014 par la Banque mondiale et le gouvernement nigérien pour une durée de 6 ans. À cause de son succès, il a été reconduit pour une deuxième phase. Plus de 30 000 jeunes nigériens ont bénéficié de ce projet que ce soit à travers un emploi ou une aide à l’entrepreneuriat.

Mawulolo Ahlijah

Sécurité : L’armée nigérienne a neutralisé 7 présumés terroristes

(Échos du Niger 1 dec)L’armée nigérienne vient d’annoncer qu’elle a mis hors d’état de nuire plusieurs présumés terroristes lors d’une opération conjointe menée avec des partenaires dans la zone de Tiguezefan. Le ratissage a permis de neutraliser 6 terroristes. Trois motos ont été détruites et dans le même temps cinq armes et des munitions endommagées ont été abandonnées. Dans leurs fuites, les terroristes ont abandonné deux motos.

En plus de ces terroristes neutralisés, six autres individus ont été interpellés pour association de malfaiteurs en lien avec les groupes terroristes. Une course poursuite menée concomitamment à permis de mettre la main sur deux autres motos et de neutraliser, un le bilan de cette dernière action est de deux motos saisies, un des suspects a été neutralisé et deux autres ont été interpellés.

De l’autre côté dans la Zop Almahaou, lors des opérations de sécurisation du marché de Dingazi, deux individus prélevant des taxes sur les commerçants ont été arrêtés en milieu de semaine. Ils seront traduits devant les autorités compétentes.

Dans le nord du pays, une intervention du détachement mixte de Tabarkat en milieu de semaine a permis d’arrêter huit bandits armés et de saisir deux véhicules ainsi que des armes et des munitions.

À l’est du pays, une patrouille du Secteur 4 a intercepté, en début de semaine, des vivres et du matériel divers destinés aux terroristes de Boko Haram aux environs de N’guimi.

Mawulolo Ahlija

Divorce au Niger : diagnostic d’un malaise social

(Les Échos du Niger 30 nov)Au Niger le divorce, est devenu phénomène de plus en plus inquiétant qui provoque un malaise sociale préoccupant à plusieurs égards. Le constat partagé par tous, c’est que de nos jours il y’a autant de divorces que de mariage. Selon l’association islamique 3088 Cas de divorce ont été enregistrés en 2021 contre 493 Cas en 2021. Reportage

Plusieurs causes expliquent ce taux de divorce au Niger. Selon le prédicateur Cheick OUMAROU Daouda BIZO « ce qui a augmenté le taux de divorce le taux de divorce au Niger c’est le manque de compréhension du contenue du mariage, de ce qui est la vie de ce bas-monde et de ce qui est la réussite en un mot. Les jeunes ne sont pas formés, les coutumes ne sont plus respectés pour le choix des conjoins » a-t-il souligné. Pour lui il faudrait que les jeunes aspirants au mariage prennent le temps de connaitre leurs partenaires connaitre son vrai caractère pour avoir une union durable et finir en paradis.

La non observance de ces étapes constitue entre autre les causes de ce phénomène de divorce. D’après les explications du Sociologue Alou Ayé « les conséquences du divorce sont énormes évidemment sur la vie social. Nous sommes en train de constater un phénomène de banalisation de mariage, les jeunes se marient à peine deux mois ils divorcent. Les jeunes sont en train de contractualiser le mariage pour juste bénéficier de l’écho médiatique et sans gêne une semaine, deux mois ils divorcent ». L’un dans l’autre les jeunes sont les principales victimes dans ce conflit de séparation des couples uni par un lien du mariage. Ce pendant plusieurs solutions sont envisageables pour y remédier ce problème de divorce au Niger. Selon Me Amadou Kadidjatou Avocate présidente de l’Association de Défense et de Promotion des Enfants et des Femmes(ADEPE-Espoir), « Pour trouver des solutions à ce problème on est obligé de s’assoir et de faire un code de la famille, qui peut tenir compte de nos réalité socioculturelle et de notre religions ». Malgré les appréhension des associations islamiques autour de ce projet de texte de ce genre, l’Avocate défenseurs des droits des femmes et des enfants estime que « c’est possible de faire car nous avons des érudits en islam, des hommes de loi rompus à la tache, des sociologue qui maitrisent notre coutumes, et des assesseurs devant la juridiction qui peuvent expliqués d’où vient ce problème»

De son côté le Cheick Oumarou propose «la création d’ écoles qui peuvent former les jeunes avant le mariage pour qu’ils prennent conscience de ce qui les attendent à l’avenir et de pouvoir appuyer les mariages avec la délivrance de certificats attestant que les jeunes mariés sont aptes à la vie à deux » . A noter que les jeunes se doivent d’impliquer les parents dans leurs choix du conjoint et de prendre le temps pour opérer leur choix.

HAMIDOU Aïlatou, stagiaire

Insécurité à Maradi, « Il y a du feu sous le toit, il ne faut pas le cacher. »

Alors que l’armée se bat contre le terrorisme sur le front de l’Est dans la région de Diffa et celui de l’Ouest à Tillabéry (située à une cinquantaine de kilomètres des portes de la capitale Niamey), la région de Maradi (centre-sud) poumon économique du Niger est devenue le théâtre d’une forme d’insécurité hybride qui endeuille dans un silence public. Des groupes armés constitués dans les départements de Guidan-Roumdji, et Madarounfa troublent la quiétude des paisibles populations sur fond de rapts, vol de bétail et de tueries tous azimuts. Cette situation a causé 20.000 déplacés internes entre 2017 et 2020 selon une étude d’International Crisis Group sur cette partie du pays présentée comme « un foyer insurrectionnel ». Depuis deux ans, la situation dans ces localités de Maradi a empiré.

« Il y a du feu sous le toit, il ne faut pas le cacher », c’est la métaphore qu’a eue M. Soumana Karimou, Secrétaire Général du Gouvernorat de Maradi pour illustrer la situation le 13 septembre dernier au lendemain de l’assassinat du nommé Ali Chaibou, chef du village de Dogon Marke situé dans la commune rurale de Gabi. Dans la nuit du dimanche au lundi 12 septembre, ce chef de village a été froidement assassiné par des hommes armés selon les informations rapportées par la Mairie de Gabi. On apprend également que cette même nuit, 8 autres personnes ont été kidnappées dans ledit village. Cette attaque est la nième du genre perpétrée dans cette zone depuis le début de l’année 2022.

Cartographie de la situation (Crisis Group)

Plus récemment, dans la nuit du dimanche au lundi 31 octobre, trois (3) policiers ont trouvé la mort dans une attaque dirigée contre un poste de police de Dabira une localité située dans la commune de Madarounfa. En deux mois (entre septembre et octobre), la région de Maradi a enregistré une dizaine d’attaques ayant occasionné 8 morts et 26 personnes enlevées parmi lesquelles 19 femmes et enfants au niveau de 5 villages situés dans les départements de de Guidan-Roumdji et Madarounfa. Si l’on y prend garde cette situation peut connaître un engrenage dans toute la région met en garde Crisis Group une organisation de Monitoring des conflits dans le monde. Dans son rapport publié en avril 2021, intitulé « Sud-ouest du Niger : prévenir un nouveau front insurrectionnel » Crisis Group appelait à prendre les mesures afin de ne pas abandonner les localités touchées aux mains des extrémistes. Et si des efforts ont été faits, ils n’auraient pas permis de ramener la quiétude dans cette portion du territoire national. « J’ai instruit les autorités de renforcer l’effectif militaire qui est déjà en place pour fermer la frontière » a déclaré le président de la République Bazoum Mohamed à Gabi en août 2021 lors d’une visite de trois jours menée dans les départements de Guidan-Roumji et Madarounfa, une visite pour trouver des solutions à l’insécurité surplace avec le commandement militaire.

Si au tout début ces attaques sont du fait de bandits armés basés du côté nigérian de la frontière désormais, ce sont des jeunes des localités concernées qui troublent le sommeil des paisibles citoyens dans les villages des départements de Madarounfa et Guidan-Roumji. Dans sa conclusion, le rapport de Crisis Goup indique : « À la frontière entre le Niger et le Nigéria, le grand banditisme s’intensifie et se transforme de manière inquiétante, laissant présager l’apparition de situations insurrectionnelles dont pourraient profiter des groupes djihadistes en quête de nouveaux territoires ». En cause, « le sentiment d’injustice dont souffrent les éleveurs » soulignait le rapport. Le vol de bétail devenu monnaie courante dans cette zone fait de plus en plus de victimes parmi les éleveurs qui ont parfois recours aux armes à feu pour se défendre.

D’où viennent ces armes… ?

Selon Crisis group « la crise libyenne a favorisé une économie de guerre basée sur des trafics et flux illégaux (carburant de contrebande, drogue) provenant du Nigéria ». Dans le sens inverse, « un flux d’armes de guerre issues des stocks de l’ère Kadhafi alimente, depuis la Libye, les groupes criminels nigériens et nigérians ». Ce banditisme selon le rapport d’étude, s’est transformé et a donné naissance à de nouvelles formes de violence, notamment sous l’influence d’une crise du pastoralisme qui frappe durement les pasteurs dans la bande sud de la région de Maradi. La situation mérite une prise en charge rapide et des efforts conjugués nous fait savoir le SG du Gouvernorat de Maradi Soumana Karimou « Nous sommes tous exposés et nous pouvons être tués un jour et donc, nous avons pensé à la sensibilisation. C’est la seule arme qui permet de solutionner ce problème », a-t-il déclaré à notre micro. Selon lui, il y a lieu de discuter avec les populations et surtout « de sensibiliser la masse » afin que chacun soit acteur de sa propre sécurité. C’est ainsi qu’il en appelle à l’implication de presse « nous avons besoin de vous pour attirer l’attention des gens afin que quelque part, nous n’ayons pas à nous comporter nous-même de sorte à constituer un danger » exhorte Soumana Karimou.

Pour Nassirou Ibrahim chef du village de Tsosamia situé dans le département de Guidan-Roumji, on ne peut résoudre ce problème sans la création d’opportunités d’emploi pour le jeunes. « c’est le manque d’occupation qui pousse nos jeunes à s’adonner à ce grand banditisme. Certains quittent le village pour la recherche d’un meilleur avenir dans d’autres pays de l’Afrique mais à leur retour il sombrent dans ma délinquance faute d’emploi ni de commerce » à déclaré le chef de village à notre micro. A l’image de la région de Diffa où l’Etat avec l’appui de ses partenaires met en œuvre des politiques de formation aux métiers, cette partie de la région de Maradi appel à une opération de ce genre pour renforcer les solutions militaires insuffisantes en cours dans la région et éviter la métastase.

Youssouf Sériba

Assainissement et santé publique au Niger : plus de  16 millions n’ont pas accès aux toilettes. (Rapport)

Avec un indice de développement humain parmi les plus faibles au monde 0,4, le Niger fait face à un important défi en matière d’hygiène et assainissement plus particulièrement l’accès aux toilettes. Selon le Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, plus de 78,1 % de la population n’a pas accès à des latrines. Conséquence, 16 629 692 de Nigériens font leurs besoins en plein air, une situation qui génère de conséquences sanitaires énormes. Malgré cet enjeu sanitaire considérable, la défécation en plein air est en progression depuis 2017.

De 68,7 % en 2017, le taux défécation en plein air est passé à 70.8 % en 2018 pour atteindre 78,1 % en 2019 selon l’enquête pour le suivi de la situation de l’accès des populations à l’eau et a l’assainissement publié en 2020 par l’INS. Les conséquences de cette situation sur l’environnement et la santé publique sont insoupçonnables. Selon l’OMS, «un(1) gramme de fèces peut contenir 10 millions de virus, un (1) million de bactéries et mille (1 000) kystes parasites et la défécation à l’air libre contribue à plus de 800.000 décès chaque année, plus que les décès liés au paludisme ».

Au Niger, « elle provoque des maladies comme la fièvre typhoïde, le choléra, la diarrhée, les maladies liées aux vers, l’hépatite A, la poliomyélite, le trachome » indique le ministère de la Santé publique de la population et des affaires sociales. En milieu rural où le manque de latrines est très rependu, ces maladies font partie des premières causes de mortalité. Pour cause, «dans ces zones faute d’infrastructures d’assainissement, les populations font leurs besoins dans les champs, les forêts, les buissons, les lacs et les rivières. Une des conséquences de cette situation, en est que le Niger est confronté à une épidémie de choléra chaque deux (2) ans» nous explique M .Yaou Zoumbay chef service hygiène et assainissement à la Direction de l’hydraulique à Maradi. La dernière épidémie de choléra en date a fait 151 morts entre mars et septembre 2021 avec plus 4 800 cas enregistrés. Cette épidémie a touché principalement 6 régions (sur les 8 que compte le Niger) à savoir Dosso, Maradi, Niamey, Tahoua, Tillabery et Zinder. Les régions Tahoua et de Maradi en sont les régions les plus touchées avec respectivement 63 et 47 morts.

Yaou Zoumbay CS hygiène/assainissement (Maradi)

Le manque d’infrastructures d’assainissement en milieu rural constitue également la principale cause de prolifération des Maladie Tropicales Négligées (MTN) telles que le ver de guinée et le trachome. « Lorsque le sol est contaminé par la défécation, il infecte l’environnement, les eaux de surface et de boisson qui deviennent ainsi vecteurs de maladies comme le ver de guinée de la filarziose du trachome, la leishmaniose, le filarsiose qui sont toutes provoquées par la mauvaise hygiène environnementale » nous explique Ousmane Yacouba chef de brigade de la police sanitaire de la région de Mardi.

C’est pourquoi le lavage des mains doit être, dit-il de mise dans ces milieux où les populations n’ont pas accès aux latrines afin d’atténuer les conséquences de ce manque d’infrastructures d’hygiène et assainissement.

Un enjeu de dignité pour les femmes et les jeunes filles…

Au-delà de la problématique de santé publique, l’accès aux toilettes revêt bien d’autres enjeux. Selon l’OMS, « La défécation en plein air est un affront à la dignité, et au bien-être, en particulier des filles et des femmes. Par exemple, des centaines de millions de filles et de femmes dans le monde manquent d’intimité lorsqu’elles ont leurs règles. La défécation en plein air les expose également à un risque accru d’exploitation sexuelle et d’insécurité personnelle » indique l’OMS dans son rapport sur l’Impact transformationnel de l’élimination de la défécation à l’air libre.

Au Niger le selon les données les plus récentes, issues du rapport de l’enquête pour le suivi de la situation de l’accès des populations à l’eau et a l’assainissement, 2 310 057 femmes et de jeunes fille défèquent en plein air. Une situation qui interpelle tous à une synergie d’action pour mettre fin à cette atteinte à la dignité.

Image d’illustration

Le manque de toilette, touche également les écoles, selon le Programme Solidarité Eau (Ps-Eau) Niger « seulement 2 écoles primaires sur 10 sont équipées en bloc latrines. En outre, ces équipements ne sont pas toujours fonctionnels, faute d’entretien et ne correspondent pas toujours au nombre d’élèves fréquentant l’école », ce qui n’est pas sans conséquence sur la scolarité de la jeune fille.

Mettre fin à la défécation en plein air…

Mettre fin à la défécation en plein air constitue une urgence de la plus haute importance. Le vice-secrétaire général des Nations-Unies Jan Eliasson a déclaré en mai 2014 « un(1) enfant meurt toutes les deux(2) minutes et demie d’une maladie liée à la défécation en plein air, des morts silencieuses, qui ne sont pas évoquées dans les médias, et ne font pas l’objet d’un débat public » a-t-il indiqué.
Au Niger le défi est immense, selon la feuille de route pour mettre Fin de à la Défécation à l’Air libre (FDAL) d’ici 2030, « il faudra réaliser un taux de performance annuel de 7,8%, soit plus de 6300 villages à certifier (zéro défécation en plein air) correspondant à plus d’un million et demi de personnes ».
En juin dernier, dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale, le Ministre de l’Hydraulique de l’Assainissement Adamou Mahaman a été interpelé par le député Kala Moutari sur la question de l’hygiène publique et l’accès à l’eau.
Si le Ministre Adamou Mahaman a pu présenter quelques réalisations concrètes sur l’accès à l’eau notamment en milieu rural, en ce qui concerne les infrastructures d’assainissement, rien de concret n’est ressorti de ses interventions.
« L’accès aux infrastructures d’assainissement constitue une des priorités pour le Niger. C’est conscient de ces enjeux que le gouvernement s’est engagé depuis 2016 pour l’atteinte des Objectifs du Développement Durables (ODD6) pour accélérer les progrès pour un accès universel à l’eau potable, l’hygiène et à l’assainissement à l’horizon 2030 » a-t-il simplement professé. Le membre de l’Exécutif a mis en avant l’adoption en mai 2017, le Programme Sectorielle Eau, Hygiène et Assainissement (PROSEHA) 2016 – 2030. Or force est de constater que ce programme n’a su enraillé la défécation en plein air qui est en progression comme en témoignent les statistiques officielles sur la période 2017, 2018,02019.

Youssouf Sériba


Ce contenu a été produit avec l’appui de l’ONG Speak-Up Africa.

Politique : entretien entre le président Bazoum et Premier ministre canadien Justin Trudeau

(Échos du Niger 22 novembre)En marge du 18e sommet de la francophonie, le président Bazoum a été reçu par le Premier ministre canadien Justin Trudeau. Les échanges entre les deux dirigeants ont porté sur la situation mondiale et sur les problèmes d’insécurité alimentaire et énergétique auxquels est confronté le monde et plus particulièrement la région du Sahel. Le Premier ministre Trudeau a adressé ses félicitations au président Bazoum pour son leadership dans la région du Sahel. Les deux hommes ont réaffirmé leur souhait de voir l’ordre constitutionnel être restauré dans les pays comme le Mali et le Burkina Faso. Le Premier ministre Trudeau a également souligné l’engagement du Canada à travailler aux côtés du Niger et des autres pays africains pour relever les défis mondiaux provoqués par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il a annoncé une aide alimentaire au profit de tous les pays partenaires. Le président Bazoum a souligné l’importance de poursuivre les réformes pour assurer une croissance inclusive et durable qui profite à tous, et a rappelé son engagement en faveur de l’éducation des filles et de la lutte contre le changement climatique qui affecte particulièrement le Niger. Le Canada et le Niger entretiennent des relations commerciales, économiques et sécuritaires privilégiées. Le géant de l’énergie canadien Global Atomic vient de lancer les travaux de la construction de la mine d’uranium de Dasa. Le Canada est aussi aux côtés du Niger dans sa lutte contre les groupes terroristes.

Mawulolo Ahlijah

Niger : lancement de la semaine de l’industrialisation africaine

(Echos du Niger 22 novembre)La Semaine pour l’industrialisation de l’Afrique a été lancé à Niamey ce 20 novembre 2022 avec l’ouverture du premier sommet des femmes transformatrices africaines. Les travaux devraient prendre fin le 25 décembre. Au menu, il devra se tenir au cours de cette semaine deux sommets extraordinaires des chefs d’États et de gouvernement de l’Union africaine. Le premier sommet aura pour thème « Industrialiser l’Afrique : renouveler les engagements en faveur d’une industrialisation et d’une diversification économique inclusives et durables » et le second devrait porter sur les avancées réalisées dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Au total, ce sont plus de 20 chefs d’État et près de 2 600 délégués qui sont attendus aux différents panels, conférences, expositions et forums qui seront organisés au cours de la semaine. C’est en 1989, lors d’un sommet qui s’est déroulé à Addis Abeba que la journée du 20 novembre a été adopté par les présidents du continent comme journée de l’industrialisation de l’Afrique. Plus de 30 ans plus tard, même si les sommets se sont succédé, l’industrialisation du continent demeure encore un vœu pieux et mis à part l’élaboration de plan national d’industrialisation, aucune avancée majeure n’a été réalisée. Au Niger, le secteur industriel représente moins de 10 % du PIB.

Mawulolo Ahlijah

Le changement climatique est la cause directe des inondations meurtrières au Niger (rapport)

(Echos du Niger 22 novembre) Un récent rapport publié par World Weather Attribution (WWA), une initiative d’un réseau mondial de climatologues, le 16 novembre 2022 a attribué les fortes pluies diluviennes qui ont conduit à des inondations au Niger au changement climatique. Au mois de septembre 2022 les pertes en vies humaines liées au inondations a franchi les 103 morts. Selon ce rapport, ces pluies ont été rendues 80 fois plus probables à cause du changement climatique. Dans le rapport, les experts ont expliqué que les inondations se sont produites à la suite de précipitations supérieures à la moyenne tout au long de la saison des pluies en 2022. Cette condition a été exacerbée par des pics plus courts de très fortes pluies entraînant des crues soudaines ainsi que des inondations fluviales, ont-ils également indiqué. Le Nigéria voisin ainsi que le Cameroun ont été également mentionnés dans ce rapport. Tout comme au Niger, de fortes pluies diluviennes ont entraîné la mort de centaines de personnes et provoqué la perte de nombreuses récoltes. Pourtant aucun de ces pays ne figure dans le top 50 des pays les plus pollueurs. Le Nigéria par exemple produit moins de 1 % des gaz à effet de serre et le Niger un peu moins de 0,5 %. Or, ces deux pays sont sur la liste des pays les plus vulnérables face aux conséquences du changement climatique.

Lors de la COP27 qui vient de se terminer à Sharm El-Sheik en Egypte les pays africains ont réclamé 2000 milliards de dollar de compensation d’ici 2030 pour renforcer la résilience des populations. Si du côté des pays développés, on use de faux arguments pour dissuader la volonté des pays africains d’amorcer leur industrialisation, on peut aussi se poser des questions sur la gestion des fonds climats que reçoivent certains pays comme le Niger.

Youssouf Sériba

Cominak, 47 ans après l’Uranium : enquête à l’orée d’un drame social et environnemental au Niger

Le mercredi 23 octobre 2019 est une journée inoubliable pour les mille trois cent neuf (1 309) travailleurs de la Compagnie Minière d’Akouta (Cominak). Cela, non pas à cause du dur labeur qui les attend à 250 mètres dans les profondeurs de la mine ou à l’usine, mais du fait de la nouvelle de ce jour qui marque un tournant important dans la vie socioéconomique du département d’Arlit. En effet, ce jour-là, à l’issue d’une réunion, le Conseil d’administration (CA) de la Cominak, à l’unanimité de ses membres, a voté la fermeture de la mine pour le 31 mars 2021 après 47 ans d’extraction de l’uranium dans le sous-sol riche de la commune d’Akokan.

Ce fut un choc aussi bien pour les travailleurs de la Cominak que pour la population d’Arlit, particulièrement celle d’Akokan. Cette fermeture, douteuse en elle-même, à cause des raisons avancées par le Conseil d’administration : épuisement de la mine, et chute des cours de l’uranium, sonne le glas des drames socioéconomique et environnemental qui ont cours à Arlit et à Akokan. Elle révèle des pratiques « malsaines » opérées plusieurs décennies durant en violation de la législation du travail en vigueur : fausses déclarations d’agents sous-traitants à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) avec la complicité d’agents de la caisse, détournements de cotisations de certains agents déclarés à la Cnss; et plusieurs centaines de millions de francs CFA sous forme d’évasion parafiscale. Comme si cela ne suffisait pas, les sous-traitants, refusent ou usent de stratagèmes pour ne pas verser les droits légaux de fin de contrat à leurs travailleurs.

Liste ouvriers de Tamgak (une des 7 entreprises ayant payé les droits légaux)

Au plan environnemental, on note une pollution des nappes, un problème d’eau dans la ville d’Arlit et à Akokan, plus de 20 millions de tonnes de résidus radioactifs exposés à l’air libre, et 2 004 837 m3 d’eau d’exhaure (en 2019), le tout chapeauté par un projet de réaménagement du site (Rds) flouté.  Enquête sur la fermeture  d’une mine aux conséquences socioéconomiques et environnementales chaotiques

L’abandon d’un gisement…

Épuisement des réserves et chute des cours du marché de l’uranium sont les principales raisons avancées par le conseil d’administration de la Cominak pour décider de la fermeture de la mine d’Akouta, effective, le 31 mars dernier. Pourtant, aucun résultat d’étude n’a été fourni par la société démontrant l’épuisement du minerai. Plusieurs travailleurs, des géologues, démentent cette raison avancée.

Pour Almoustapha Allacen, radiologue, ancien employé de la Somaïr et coordinateur de la société civile d’Arlit « il y’a encore des réserves à la mine, peut-être pas à une teneur de 10 à 17 mg/1000 mais on peut toujours trouver 1 à 5 mg/1000 ». Selon lui, Orano, l’actionnaire majoritaire de la Cominak (59 % de parts), extrait le minerai ailleurs dans le monde à une teneur de 0,5 mg/1000. Conclusion, selon Almoustapha, Orano a un agenda caché.

Si l’épuisement de la mine de la Cominak n’a pas été prouvé par la compagnie minière, la chute du prix du « gâteau jaune » sur le marché est une évidence. De 300 $ (environ 170 000 FCFA) en 2007, selon le bulletin d’information de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (Aiea) de juin 2018, le kilogramme de l’uranium a chuté jusqu’à 18 $ en 2016 pour se stabiliser entre 40 et 50 $ depuis 2018 (22 500-28 000 FCFA). Toutefois, la baisse du prix de l’uranium est-elle suffisante pour justifier cette fermeture? Difficile de le dire. De 2016 à 2019, la production moyenne d’uranium enfûté était de 1 270 697 kg par an selon les chiffres officiels mentionnés dans le rapport (2019) environnemental de la Cominak.

Selon des informations recueillies auprès d’une source à l’usine de la Cominak, jusqu’à la fermeture de celle-ci, en moyenne 8 lots de 48 fûts d’uranium sont produits chaque mois par la Cominak, chaque fût contenant 450 kg d’uranium soit 8 294 400 kg d’uranium enfûté par an.

Si la baisse du prix de l’uranium devait être une raison pour mettre fin à l’exploitation, pourquoi la Société des Mines de l’Aïr (Somaïr), la 2e mine d’Arlit détenue aussi par le géant Orano à 64 % n’a-t-elle pas mis la clé sous la porte ? C’est pourtant les mêmes marchés, les mêmes conditions d’exploitation, la même main-d’œuvre. Mieux, la Somaïr « extrait l’uranium à une teneur inférieure à celle de la mine de Cominak », selon Mounkeila Abassa, employé de la Somaïr et secrétaire général du Syndicat National des Travailleurs des Mines du Niger. L’un dans l’autre, la fermeture de la Cominak telle qu’elle a été annoncée et de la manière dont elle se déroule constitue un véritable drame socioéconomique pour des milliers de personnes intervenant dans le secteur des mines, la seule activité économique qui fait vivre Arlit, et le visage de ce drame ce sont les « travailleurs sous-traitants » de la mine.

Des travailleurs sous-traitants abusés…

L’une des révélations de cette fermeture de la Cominak, c’est sans aucun doute la situation des travailleurs sous-traitants mis à la disposition de la filiale d’Orano par des entreprises locales. Après plusieurs années de travail dans des conditions ne respectant parfois pas les normes de sécurité pour des travailleurs de mines, à savoir le manque d’équipement de protection individuelle (EPI), selon les témoignages des ouvriers eux-mêmes, Cominak a décidé d’exclure ces derniers de son plan social de fermeture. Ledit plan social  prévoit des primes et indemnités de fermeture évaluées entre 15 et 40 millions de francs CFA (selon le bulletin d’information minière Maimagana N°16, mars 2021) pour les travailleurs (statutaires).

Cependant, « cette démarche ne traite pas des employés de la sous-traitance car ils ne sont pas en contrat direct avec Cominak. Il incombe à leurs employeurs en liaison avec l’administration du travail de traiter leurs cas en bonne et due forme », indique la filiale d’Orano dans son plan social de fermeture.

Un ouvrier en ténu de travail

Au nombre de 813 à la date de la fermeture de la mine, ces ouvriers que Cominak a exclus de son plan social de fermeture ont travaillé dans les mêmes conditions que les travailleurs statutaires. « Ils ont été soumis au même rayonnement, au même rythme de poste, aux mêmes bruits des engins », se désole un cadre des mines à la retraite. Plusieurs d’entre eux ont subi des « accidents à leur poste, avec parfois des membres coupés », poursuit-il.  Ces travailleurs sous-traitants ont parfois contracté des maladies, notamment respiratoires et étaient exposés au radon.

A Arlit (1200 km de Niamey), nous avons rencontré certains de ces ouvriers qui ont accepté de témoigner, malgré, selon eux, les menaces qui pèsent sur eux et les représailles qui peuvent en découler. R.D. est l’un d’entre eux, il a travaillé à la grande régie mine jusqu’à la fermeture. Son rythme de travail quotidien : plus de 10 heures dans la mine au contact de substances toxiques durant 15 ans. « Mon travail consiste à faire ressortir de l’exhaure; nous sommes souvent en contact direct avec de l’eau industrielle. Nous faisons la pose et la dépose des tuyaux d’eau, des câbles électriques grosses sections et des pompes pour évacuer l’eau et rendre le minerai accessible », nous explique cet homme âgé de 39 ans.

Parmi les « travailleurs sous-traitants », certains ont intégré la mine en remplacement de parents devenus invalides pour cause d’accident de travail ou décédés en activité. C’est le cas d’A.L. : « je suis égoutier en remplacement de mon père qui est mort d’une maladie du foie. Nous n’avions pas d’horaire fixe, de jour comme de nuit, nous travaillons et nous n’avions pas d’EPI (équipement de protection individuelle) ni de produits d’entretien après intervention », confie le sous-traitant plein de déception.

Durant les 12 années au cours desquelles a travaillé A.L. pour la filiale d’Orano, après le décès de son père, il a touché invariablement la modique somme de 50 000 CFA de salaire mensuel (environ 77 euros). Comme ses collègues employés des sous-traitants, il n’a jamais eu droit à la visite médicale systématique que la Cominak avait l’obligation d’assurer aux travailleurs. Aussi, pour chaque travailleur, elle est censée assurer une visite médicale de débauchage en fin de service. Celle-ci devait permettre à ses ouvriers provenant des quatre coins du Niger d’évaluer leur état de santé en fin de service ou en cas de fermeture. Aucun des travailleurs rencontrés n’a bénéficié de cette visite médicale ce qui fait dire à Ahmed Djibrilla, agent sous-traitant à la géologie de la mine « plusieurs d’entre nous rentreront à la maison sans aucun franc mais avec des maladies au sein de nos foyers ».

Ces ouvriers sous-traitants rivalisent d’histoire, les unes plus incroyables que les autres. A 10 km d’Arlit, à Akokan, l’histoire d’Almocktar Firia est inédite. Il est concierge sur un site de la Cominak, il a travaillé plus de 40 ans au service de la filiale d’Orano soit au-delà du temps légal de travail. On raconte que les services de la caisse de sécurité sociale le croyaient mort et recherchaient ces ayants droits.

Almocktar Firia

Almocktar dit avoir vécu des conditions de travail exécrables, et malgré son embonpoint trompeur, en langue haoussa, il dit « je suis épuisé mon fils » « je n’ai même plus de tenues de travail, celle que vous voyez sur moi, je l’ai empruntée ». Et pourtant, cet homme âgé de 73 ans est toujours en activité.

Décidés à obtenir gain de cause, les ouvriers réunis au sein du Syndicat National des Travailleurs des Mines du Niger (Syntramin) ont mené des démarches auprès des autorités notamment, le gouvernement, le Parlement, les chefs traditionnels, etc. pour plaider leur cause, mais sans succès.

En janvier 2021, gagnés par le désespoir, ces travailleurs qui dénoncent « le silence des médias de Niamey sur leur sort en particulier » et sur la « fermeture scandaleuse de la Cominak en général », ont observé un mouvement de grève illimitée sans service minimum. Après 9 jours de débrayage général qui a paralysé la société qui s’apprêtait à fermer fin mars, ils ont pu avoir une « miette qui ne changera pas grand-chose » à leur sort de l’après-Cominak.

Les travailleurs sous-traitants assis en groupe lors d’une grève

En effet, le 19 avril, à l’issue de longues négociations, un accord a été signé entre la Cominak et ses sous-traitants. Cet accord prévoit « une contribution de fin de chantier » au profit de ces ouvriers, une enveloppe de trois cent millions 300 000 000 FCFA  pour les 813 ouvriers sous-traitants que la Cominak considère comme non pas un droit mais une mesure d’accompagnement visant à soutenir ces ouvriers.

Seulement, cette contribution de fin de chantier sera « à la hauteur des droits légaux pour les salariés de la sous-traitance en CDI avec leurs employeurs » peut-on lire dans le protocole d’accord signé par les deux parties.

En clair, Cominak versera à chacun des 813 ouvriers l’équivalent des droits légaux de licenciement. Ces droits censés être versés par les employeurs sous-traitants sont calculés sur la base des salaires mensuels de chacun d’entre eux, « des salaires de misère », selon eux. Le plus élevé des salaires de l’ensemble de ces 813 ouvriers sous-traitants « est de 150 000 Fcfa (230 euros) », d’après Mohamed El Hadj travailleur sous-traitant à la retraite, qui a travaillé plus de 20 ans en qualité de géologue.

Sur les 813 ouvriers, toutes compétences réunies, ils sont moins de 50 à prétendre à un tel traitement salarial mensuel. Selon Moussa Abdoulaye, opérateur à l’usine Cominak (travailleur sous-traitant), 90 % de travailleurs sous-traitants n’ont pas de contrat et leur salaire est situé entre 60 et 70 000 FCFA ».

C’est ainsi, que des employés qui ont travaillé près de 25 ans se retrouvent avec des sommes « dérisoires » comme droits de licenciement. Le cas de Hamed Kemil qui a travaillé pour une entreprise sous-traitante (Tamgak) est illustratif. Il a reçu un peu moins de 870 000 francs CFA (1 220 euros) d’indemnités de licenciement après plus de 22 ans de service pour le compte de la Cominak.  (Le smic en France est de 1 539 euros, en juin 2020).

Au 30 août, 5 mois après la fermeture de la mine, sur les 30 entreprises qui emploient les 813 travailleurs, seules 7 ont versé les droits de licenciement. Nombre de ces entreprises sous-traitantes ont exprimé leur refus de payer les droits de licenciement, selon Almou Gabdou, délégué des ouvriers sous-traitants. Toujours d’après lui, à cette même date, la deuxième entreprise sous-traitante en termes de plus grand nombre d’ouvriers mis à disposition, EM (Entreprise Malami) « n’a versé aucun franc comme droits à ses employés ».

Cité minière à Arlit(Agadez)

Pour en  savoir davantage sur les raisons de ce refus d’EM de payer les droits légaux de ses ouvriers, nous avons tenté de rencontrer le patron de l’entreprise Elhadj Malami lui-même mais sans succès. Ce dernier ne souhaitant pas visiblement nous rencontrer, c’est auprès de l’inspecteur du travail d’Arlit que nous avons pu prendre connaissance des raisons du refus du deuxième plus gros employeur d’ouvriers sous-traitants, avec lui une vingtaine d’autres employeurs refusant de payer les droits légaux.

Selon Abdoul Aziz Adamou, inspecteur du travail d’Arlit, « les employeurs sous-traitants, considèrent que l’enveloppe accordée par la Cominak en guise de mesure d’accompagnement aux ouvriers leur revenait à eux (employeurs) et par conséquent  ils ne leur doivent rien ». L’inspecteur, saisi du dossier, estime cet argument peu valable dans la mesure où le premier employeur, en termes d’effectif  (Entreprise Ali Abdourahmane, ndlr) a payé les droits légaux de ses ouvriers.

En juillet 2021, l’inspecteur Abdoul Aziz avait tenté une conciliation entre les 2 parties mais sans succès.  Ce dernier a ainsi renvoyé le dossier devant les tribunaux d’Agadez, un procès est prévu pour le 12 janvier. Pour Yahaya Abdou, auditeur à la bourse du travail ayant conduit des audits dans le département d’Arlit, « cette situation est née d’une faiblesse du Code minier qui n’a pas encadré la sous-traitance dans le secteur  minier ».

Si la législation ne garantit pas une rémunération décente pour cette catégorie de travailleur, M. Yahaya souligne toutefois que « ces travailleurs ont les mêmes droits que les employés statutaires en ce qui concerne les prestations familiales de la CNSS et la pension de retraite ». Cependant sur ce plan, la situation de ces travailleurs n’est guère reluisante à la CNSS.

Un responsable de la CNSS d’Arlit détourne plus de 200 millions FCFA de cotisations des ouvriers… 

« Plus de 200 000 000 de FCFA de cotisations d’ouvriers ont été détournés par un ancien responsable de la caisse d’Arlit », révèle une source syndicale. Cette affaire au vu du montant en jeu a fait grand bruit à Arlit au moment des faits en 2015.   Comment cela est-il arrivé ?  Selon des sources proches de l’affaire, « durant plusieurs années, des entreprises sous-traitantes affiliées à la CNSS versaient tant bien que mal les cotisations de leurs agents déclarés. Malheureusement, ces cotisations estimées à plus de deux cent millions (200 000 000) FCFA, ne tombaient pas dans les caisses de la Sécurité Sociale », indique notre source.

Le responsable de la CNSS d’Arlit, au moment des faits, aujourd’hui derrière les barreaux, délivrait des faux reçus et faisait main basse sur les cotisations des ouvriers. Reconnu coupable de détournement et de faux et usage de faux, l’intéressé purge actuellement une peine de prison ferme. Cet épisode passé, les responsables de la CNSS ont mis de l’ordre au niveau de la direction départementale d’Arlit qui fonctionne à présent normalement avec des contrôles périodiques, apprend-on.

Des entrepreneurs qui contournent les règles et défient l’autorité… 

Pour attribuer un contrat de sous-traitance, les sociétés minières d’Arlit : Cominak et Somaïr (filiales d’Orano, ex Areva) demandent aux entrepreneurs de fournir des attestations      d’inscription de leurs ouvriers à la CNSS, conformément à la réglementation en vigueur. De ce fait, l’ensemble des entreprises qui travaillent pour la Cominak devraient être affiliées à la Cnss et déclarer leurs effectifs. Cependant, dans la pratique, le constat est tout autre. Selon les investigations d’une mission de l’inspection du travail qui nous a précédé sur le terrain à Arlit le 7 mai dernier, « plusieurs employeurs sous-traitants échappent à la caisse ». A côté de ceux-là, « il y a certains qui sont affiliés mais qui ne déclarent pas leurs agents, quand d’autres font de la sous-déclaration c’est-à-dire qu’ils ne déclarent pas la totalité des agents qu’ils utilisent ».

La question que l’on se pose : y a-t-il une complicité entre la direction de la Cominak et ses entrepreneurs ? Selon le délégué des travailleurs sous-traitants Almou Gabdou, les complices de ces agissements ne sont pas à rechercher uniquement au sein de la Direction de la Cominak. Pour contourner les exigences de la Cominak, certaines entreprises « se font établir des livrets fictifs pour leurs ouvriers en complicité avec des agents de la Cnss », selon Almou Gabdou.

« Normalement, il est de la responsabilité de la caisse d’obliger les entrepreneurs au versement des cotisations une fois qu’elle a émis un livret mais cela n’a pas été fait durant des décennies, ces entreprises ont, non seulement triché sur les déclarations mais elles ont détourné les versements prélevés sur les salaires » indique la même source.

Pour Zarafi Elhadj Hima Adamou, contrôleur Employeurs de la Cnss, « la caisse, contrairement aux services des impôts n’a pas les capacités d’obliger les employeurs à verser les droits de leurs employés ». Ce dernier reconnaît toutefois que la loi accorde cette prérogative à la CNSS mais « la réalité du terrain ne facilite pas la tâche à nos services ». En plus, « ces entrepreneurs en général n’ont même pas de documents comptables ». Dans ces circonstances, « nous pouvons fermer les locaux de ces entreprises conformément à la législation mais ceux qui vont en pâtir au final, ce sont les travailleurs dont la situation est assez fragile et cela va à l’encontre du caractère social de la Cnss », fait savoir le contrôleur employeurs de la CNSS.

Usine Cominak

Plusieurs centaines de millions d’évasion parafiscale…

Les arriérés que doivent les entreprises sous-traitantes des mines d’Arlit à la CNSS, se comptent par centaines de millions de FCFA, selon la CNSS. Parmi ces entreprises, « il y en a qui doivent à elles seules, plus de 700 millions de francs CFA », selon un responsable de la CNSS, information confirmée par l’Inspection du travail. Une entreprise comme EM (Entreprise Malami), « doit un peu plus de cent millions (100 000 000) de francs CFA à la CNSS» au titre de cotisations de ses employés, selon des informations à notre disposition ce qui a value à l’entreprise des poursuites judiciaires de la part de la CNSS.

« Nous avons contre EM deux (2) contraintes de justice », nous confie une source de la CNSS. « Ces décisions de justice nous permettent de sécuriser nos dettes. Si EM ne procède pas au paiement de ses dettes, nous pourrions grâce à ces décisions de justice saisir ses biens », indique notre source.

A Arlit au mois de juin, nous avons tenté de rencontrer cet employeur visé par 2 poursuites judiciaires intentées par ses employés licenciés et la CNSS mais en vain. De retour à Niamey nous avons continué les tentatives de le joindre au téléphone sans succès jusqu’au vendredi 3 septembre où nous avons pu avoir le patron d’EM  au téléphone. Malheureusement il ne pouvait pas nous parler, car il était 13 H 00. « Je suis à la mosquée » avait-il répondu pour prendre congé de nous lorsque nous nous sommes présentés à lui.

Nous l’avons rappelé le mardi 7 septembre, et cette fois ci « je suis à un mariage, je vous rappellerai demain matin », nous rétorque notre interlocuteur au bout du fil. Nous n’avons plus eu de ses nouvelles jusqu’au bouclage de cette enquête. EM ne nous a jamais rappelé jusqu’à preuve du contraire.

Arlit, au cœur de la malédiction des ressources minières…

Comment la ville d’Arlit, survivra-t-elle à cette fermeture de la Cominak? C’est la question que se pose la société civile d’Arlit après les travailleurs. « Si Cominak et Somaïr ferment, nous n’aurons pas d’eau à Arlit », prévient Almoustapha Allacen coordinateur de la société civile d’Arlit président de l’ONG Aghirin’man à l’avant-garde des défenseurs de l’environnement à Arlit.

Le problème d’eau, se fait sentir déjà à Akokan avec la fermeture de la mine. A Boukoki, un quartier de la commune d’Akokan où nous nous sommes rendus, depuis la fermeture de la Cominak, les populations n’ont de l’eau que 7 heures par jour de la seule borne fontaine qui alimente le quartier en eau potable. Khalid, militaire à la retraite, père de famille, craint le pire « un jour nous allons nous réveiller sans eau à boire qu’allons-nous faire dans ce cas ?».

Ce problème d’eau, justement, est en train d’asphyxier la seule activité économique qui donne de l’espoir à Akokan : le maraîchage.  En effet, depuis la fermeture de l’usine de la Cominak, les maraîchers de la ville ont aussi clos les portes de leurs jardins, cela va de soi. La quasi-totalité des sites de maraîchage sont arrosés avec les eaux industrielles de Cominak, une pratique qui comporte d’ailleurs d’énormes risques sanitaires.

Une vue du centre-ville d’Arlit

La Direction de la Cominak à travers le volet sociétal du réaménagement prévoit des actions pour « minimiser les impacts sociétaux de la fermeture en assurant une transition pérenne adaptée aux besoins des populations et dans la limite de la responsabilité de l’entreprise ».   

Selon Maman Sani Abdoulaye Directeur Général de la Cominak, un budget de 4 milliards FCFA est prévu pour l’aide à la reconversion économique dont principalement l’industrie maraîchère. Ce fonds devrait faciliter « le développement de l’industrie maraîchère à travers un accompagnement financier sur 10 ans  » indique-t-on.

Sur le terrain, ils sont environ 100 travailleurs qui ont bénéficié du programme de reconversion, une formation en informatique et le permis de conduire. Pour Ahmed Djibrilla, agent sous-traitant (plus de 15 ans à la Cominak), ce programme dit de reconversion frise l’ironie « peut-on parler de programme de reconversion alors que moins de 100 travailleurs ont été cooptés sur un effectif de plus de 800? », aussi « à quoi une initiation à l’informatique de 4 jours pourrait-elle être utile à un ouvrier qui a passé toute sa vie à manœuvrer de la ferraille et broyer des masses rocheuses »? S’interroge ce travailleur sous-traitant à la géologie de Cominak.

Projet de réaménagement du site (Rds), des doutes et zones d’ombre…

Conformément au code minier et à ses engagements, la Cominak est tenue de rétrocéder un site réaménagé et non polluant selon les standards internationaux en vigueur. Pour ce Rds, un budget de 95 milliards de FCFA a été arrêté par le conseil d’administration et validé par les autorités nigériennes. Au cœur de ce réaménagement, des aspects sensibles tels que le réaménagement de la mine souterraine, les bassins d’exhaures et des eaux usées, le démantèlement de l’usine de traitement et l’enfouissement de plus de 20 millions de tonnes de résidus radioactifs.

Cité minière d’Akokan

De façon détaillée, le Rds prévoit « éliminer les risques d’accidents physiques, liés aux installations, aux galeries, aux carrières, aux bassins, rendre le site conforme à la réglementation sur la radioprotection et éliminer les risques liés aux produits et résidus chimiques, minimiser l’empreinte de la pollution et faire en sorte que le site et les déchets ne soient pas une source de pollution future », indique Orano dans son bulletin d’information annuelle de 2019. Comment le projet est-il conduit ? Les acteurs impliqués jouent-ils convenablement leur partition ? Telles sont les questions que se posent les acteurs de la société civile de Arlit, Akokan et Agadez.

Le Niger, en 50 ans d’exploitation minière « ne dispose d’aucun plan cadre de fermeture d’une mine » se désole Mounkeila Abassa SG Ben Syntramin. Résultat, le gouvernement accepte toutes les propositions d’Orano, ce qui n’est pas du goût de la société civile d’Arlit composée essentiellement d’anciens cadres des mines bien au fait des questions minières, dont certains ont fait leur preuve dans d’autres pays sur des projets de fermeture de mine.

A titre illustratif, en octobre 2019, une analyse comparative du Rds Cominak et le guide de réaménagement de l’International Council on Minings and Metals (ICMM) qui réunit les meilleures pratiques en matière de réarmement a révélé des écarts considérables entre le Rds Cominak et ce qui est considéré comme la norme mondiale en matière de réaménagement. Mais Orano se veut rassurant, « cette analyse a permis de définir les axes d’amélioration dans la mise en œuvre et le suivi du Rds Cominak », le géant du nucléaire met en avant son expérience de plus de 40 ans dans le réaménagement. Cette expérience comprend le réaménagement de 236 sites miniers en France exploités entre 1948 et 2001, la mine de Cluff Lake au Canada exploitée de 1980 à 2002 et celle de Mounana au Gabon exploitée de 1961 à 1999.

Or, le réaménagement de Mounana, cette mine qui a généré 26 000 t d’uranium en 40 ans d’exploitation est perçue comme un échec au Gabon et en France. La Commission de Recherche et d’Information Indépendante sur la Radioactivité (Criirad) a, dans une étude menée sur l’ancien site minier en 2010, indiqué que la radioactivité est omniprésente à Mounana plus de 20 ans après la fermeture de la mine. Cette radioactivité est provoquée par « la mauvaise utilisation de déchets miniers et la réhabilitation approximative de certains sites », indique l’étude.

Par ailleurs, dans un article publié dans la Revue Canadienne de Géographie Tropicale, de décembre 2017 titré « La malédiction des ressources minières : Mounana d’un village potentiellement riche à une ville fantôme », Dr Jean Kevin Aimé Tsiba chercheur à l’Institute de Recherche en Sciences Humaines (IRSH) au Gabon indique « Mounana apparaît désormais comme une ville fantôme. Le départ de la COMUF (Compagnie des mines d’uranium de Franceville) n’a pas été suivi d’une politique de diversification de l’économie qui pouvait garantir un meilleur niveau de vie à la population ». Le chercheur souligne par ailleurs, « la présence quasi permanente d’externalités négatives (résidus radioactifs) laissées par l’entreprise entache véritablement la qualité de vie des populations ». Aujourd’hui, cette ville du Haut-Ogooué (à l’Est du pays) est passée de 12 000 habitants en 1999 à 6000, selon le dernier Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) de 2013 au Gabon.

Une vue de la mine souterraine

Est-ce la recette qu’Orano entend fournir à la ville d’Arlit? Il faudra attendre la fin du Réaménagement pour en juger. Du reste, un comité gouvernemental est chargé de contrôler le réaménagement du site Cominak. Le Directeur général de la Cominak explique le rôle dudit comité en ces termes : « Dans le cadre de son travail, le Comité d’Orientation anime des ateliers où sont conviées diverses parties prenantes. Un appel à la tierce expertise indépendante est fait régulièrement afin de conforter des décisions prises par des différentes instances dans le domaine technique, social et sociétal »  fait savoir le patron de la  Mine d’Akouta.

Ce comité tient régulièrement des rencontres à Niamey (environ 1200 km d’Arlit), ce que beaucoup trouvent peu pertinent. « Le comité interministériel, si réellement il veut faire un travail sérieux de suivi doit avoir son QG sur le terrain et tenir ces rencontres ici à Arlit », se désole un géologue. Pour Almoustapha Allacenle Réaménagement « intéresse uniquement pour l’argent qu’il met en jeu (95 milliards FCFA), ce n’est pas pour le souci de bien faire ». Le radiologue nous indique que la radioactivité a une durée de vie de milliards d’années.

Toutes ces raisons font penser à plus d’un à Arlit, que le Rds risque d’être un drame environnemental qui viendra s’ajouter au drame socio-économique déjà perceptible dans la ville. Par ailleurs, ce qui renforce les doutes et les suspicions autour de cette fermeture, c’est de voir la presse ‘’indépendante’’ tenue à l’écart du projet dans le fonds. En juin dernier, un journaliste français, David Arnold du Média Arte Journal qui voulait réaliser un reportage sur le sujet, s’est vu retirer son autorisation préalablement accordée par le ministère de la communication, visiblement instruit à cet effet, mais par qui? Faut-il voir la main d’Orano derrière cette volonté manifeste de flouter la fermeture de Cominak et le Rds ?

Autorisation de tournage

Des manœuvres tendant à cacher le drame d’Arlit…

Le reporter français se préparait à voyager sur Niamey où il devait se présenter au ministère de l’intérieur comme cela se fait avant de continuer sur Arlit. David entretemps, a obtenu une autorisation de tourner sur le site d’exploitation de la Cominak. Seulement, quelques jours après cette autorisation il reçoit un mail du ministère de la communication « le ministère a changé d’avis », le journaliste ne peut plus entrer à Arlit. Le ministère motive ce retournement par une vague assertion, « les autorités nigériennes ne sont pas prêtes ».

En attendant, à Arlit, entre le marteau et l’enclume d’Orano et ses entrepreneurs sous-traitants  les ouvriers attendent le procès du 12 janvier pour être fixés sur leur sort. Un ancien cadre de la Somaïr que nous avons interviewé parle de « catastrophe humaine » parlant de la situation de ces travailleurs. Pourtant la sous-traitance avait permis à Orano de réduire le coût du travail dans les périodes de difficultés liées à la chute des cours du marché qui sont en pleine reprise depuis 2 ans.

Pour Saidou Ardji, ex coordinateur Afrique francophone de l’Ouest de la Coalition Publiez Ce que vous Payez (Pcqvp), « il y a une faiblesse de la législation en ce qui concerne les travailleurs sous-traitants des mines ». L’ancien journaliste estime que « la mise à disposition’’ dans les entreprises minières a une particularité du fait des risques sanitaires et d’accidents fréquents dans les mines souterraines telle que la mine de Cominak et les installations minières (radon, effondrement, brûlure, maladies pulmonaires etc…) ». Selon lui, l’État doit prendre des dispositions à l’avenir pour garantir un minimum de droits pour ces ouvriers.

Au plan environnemental, jusqu’en 2019 selon l’ONG Aghirin’man l’exploitation de l’uranium à Arlit a usé « 350 milliards de litres d’eau ». Ceci a provoqué une pollution de l’eau et l’assèchement de l’aquifère. Ce dernier mettra des millions d’années pour se reconstituer selon les spécialistes de l’environnement.

En ce qui concerne la pollution de l’air à Arlit, selon une étude menée en 2007  par la Commission de Recherches et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (Criirad), organisation basée en France et l’ONG Aghirin’man, à Akokan (10 km  de la commune urbaine d’Arlit) « les niveaux de radioactivité sont 100 fois supérieurs aux normes » indique les conclusions de l’étude rapportés par le journal Maimagana d’Arlit dans sa parution du 01 de juin 2017. Cette même étude a relevé dans certains endroits de la ville «des taux de radioactivité 500 fois supérieurs aux normes en vigueur », selon le journal. Or, en 2007 les résidus radioactifs exposés dans la ville étaient estimés à moins de 10 millions de tonnes alors qu’en 2020 ces résidus sont évalués à plus de 20 millions de tonnes à Arlit selon la Cominak.

Voici la situation socioéconomique et écologique que lègue Orano à la ville d’Arlit après 47 ans d’exploitation de la mine de Cominak. Cette situation, méconnue dans le silence lointain des 1 200 km qui séparent Arlit de la capitale Niamey, pourrait devenir encore plus critique avec la fermeture imminente de la deuxième filiale d’Orano, la Somaïr qui pour l’instant tient Arlit en laisse

Les regards sont à présent tournés vers Imouraren (80 km au sud d’Arlit) où devrait débuter dans les 3 ans à venir l’exploitation du plus grand gisement d’uranium d’Afrique  voire du monde (informations à vérifier). L’exploitation de ce gisement est confiée à Orano actionnaire majoritaire (56,65 %) avec une participation de l’État du Niger à travers la Sopamine (33,35 %), et la Corée du sud à travers Kepco (10 %).

Une enquête de Youssouf Sériba

Énergie : Plus de 4 millions de dollars pour le barrage de Kandadji

Le vice-président de la Banque Mondiale, Ousmane Diagana a annoncé ce mercredi 16 novembre 2022 à l’issue d’une rencontre avec le président de la République Mohamed Bazoum que son institution allait accorder 4 millions de dollars supplémentaires soit un peu plus de 2,5 milliards FCFA pour la réalisation du barrage de Kandadji.

Devant la presse, Ousmane Diagana est également revenu sur les temps forts de cette visite. « Cette visite nous a permis d’aller d’abord sur le terrain pour constater les réalisations de certains programmes, en particulier celui de Kandadji qui est extrêmement important pour le gouvernement et la population du Niger, dans lequel la Banque mondiale contribue pour un financement très important de plus de 4 millions de dollars ». A-t-il déclaré.

« Le Niger s’achemine vers la préparation d’une table ronde sur le financement de son Plan de Développement Économique et Social (PDES) 2022-2026, donc nous avons discuté à la fois sur le contenu de ce programme et sur comment le Niger peut mobiliser ses partenaires pour pouvoir obtenir les ressources attendues dont nous, nous sommes optimistes» a-t-il également affirmé.

Rappelons que la construction du barrage de Kandadji dont la mise en service est prévue en 2025 devrait permettre au Niger de réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis des pays voisins et d’offrir de l’électricité à une grande partie de la population qui demeure encore plongée dans le noir. Selon les dernières estimations, le taux d’accès à l’électricité varie entre 20 et 30 %.

Mawulolo  Ahlijah

Diplomatie : « Le Niger ne compte pas rompre ses relations avec Moscou »

(Echos du Niger 16 novembre)Ce mardi 15 novembre, le ministre nigérien de la Défense Alkassoum Indatou a déclaré que le Niger comptait maintenir sa coopération militaire bénéfique avec la Russie. Cette déclaration a été faite à l’issue d’une rencontre avec l’ambassadeur de Russie au Niger, Igor Gromyko, accompagné du chef de la mission militaire russe au Niger. Les deux diplomates résident tous les deux au Mali voisin.
La rencontre s’est tenue en présence de plusieurs personnalités nigériennes notamment du secrétaire général du ministère de la Défense nationale et du chef d’état-major des armées selon les sources officielles. Les échanges ont principalement tourné autour du développement de la coopération bilatérale dans le domaine militaire.
Il faut rappeler que plus d’une centaine d’officiers nigériens ont bénéficié d’une formation en Russie au cours des dernières années. Dans la lutte que mène l’État nigérien contre les terroristes depuis 2015, plusieurs aéronefs utilisés par l’armée de l’air sont de fabrication selon les explications du ministre Alkassoum Indatou qui a estimé que cette coopération était bénéfique pour le Niger.

La présence militaire renforcée de la Russie en Afrique est très mal vue à Paris qui semble perdre petit à petit son pré carré sur le continent.

Mawulolo Ahlijah

42e Edition du Sabre national : Dosso prépare son écurie

(Échos du Niger 15 novembre)En perspective  de la 42 Edition du Sabre National qui débutera le 23 décembre  prochain à Diffa, la région de Dosso championne  en titre est à pied  d’œuvre  pour la sélection  de son écurie. Des combats éliminatoires ont débuté à cet effet dans les différents départements de la région depuis le 5 novembre. A Gaya, le coup d’envoi a été donné le 9 novembre à Tanda  pour la sélection départementale qui met en compétions 6 communes. A  l’issue des combats,  11 lutteurs et 5 réservistes seront retenus pour la sélection régionale.

Les jeunes lutteurs sélectionnés à Gaya n’ont qu’une seule ambition, c’est de remporter le sabre national. Pour ce faire, les responsables locaux en charge de la lutte traditionnelle ont attiré l’attention des compétiteurs à privilégier « des combats simples et nette sans trucage ».

La phase régionale est prévue la semaine prochaine à Dogondoutchi. A cette étape également 11 lutteurs seront retenus pour représenter la région de Dosso le 23 décembre prochain au sabre national à Diffa.

Fahdel Alou

Début d’exploitation de la mine de Dasa : la fin de 50 ans de monopole français sur l’uranium nigérien

Après de longues années de recherche suivies de négociation, le gisement d’Uranium de Dasa situé à Tchirozerine(region d’Agadez) a été officiellement mis en exploitation le samedi 5 novembre. Le premier tire d’abattage a été effectué lors d’une cérémonie présidée par le Premier ministre, Ouhoumoudou Mahamadou sur le site de la Mine à 130 km d’Arlit.  C’est au Canadien Global Atomic Corporation que le gouvernement a accordé l’exploitation de cette mine  importante pour la relance économique du pays avec 1 400 tonnes attendues à l’horizon 2025.

La société canadienne a créé pour l’occasion, une branche locale au Niger qui a été baptisée société des mines de Dasa (Somida) dont elle détient 80 %  de parts et 20 % pour l’État du Niger. Un nouveau deal minier qui consacre la fin d’un demi-siècle de monopole exercé par la France sur l’uranium nigérien sans plu value.  

Au cours d’un entretien avec le président Mohamed Bazoum au mois de septembre 2022, le directeur général de Global Atomic Corporation, Stephen Roman, avait déclaré que la mine de Dasa représentait un grand projet pour le Niger sans préciser les retombées financières pour le pays.

Du côté des populations, les attentes sont grandes, dans un contexte marqué par un fort sentiment anti-français, elles espèrent que le groupe canadien fera mieux que le groupe français Orano Mining dont la présence au Niger a été longtemps décriée.

La fin d’un monopole sans plu value…

Le géant de l’atome français Orano Mining a détenu pendant un demi-siècle un quasi-monopole sur l’exploitation de l’uranium nigérien alors que le taux d’électrification du pays stagnait à 15 % selon un récent classement de la commission de l’Union Africaine, un taux parmi les plus faibles du continent. Au plan sociale,  les 50 ans d’exploitation d’uranium par la France au Niger à travers ses deux filiales à savoir la Société minière de l’Aïr (SOMAÏR) et la Compagnie minière d’Akouta (COMINAK) n’a pas apporté un changement significatif dans la vie des populations, pas même celles des cités minières d’Arlit. Après l’épuisement  annoncé de la mine  de Cominak suivie de la fermeture de celle-ci le 31 mars 2021, plus de 800 ouvriers sont laissés sur carreau sans droits légaux pour la plus grande majorité. Un collectif parmi ses ouvriers a annoncé en aout dernier des poursuites contre la société Cominak afin d’exiger leurs droits légaux de licenciement.

Derrière ses échecs sociaux se cache une catastrophe environnementale générée par tant d’années d’extraction d’uranium à Arlit, il s’agit des bassins d’exhaures et des eaux usées, et plus de 20 millions de tonnes de résidus radioactifs. Le réaménagement du site (Rds) engagé peu après la fermeture de la mine, suscite plusieurs inquiétudes du fait du non-respect des normes et standards en vigueur. En janvier 2022, il a couté la vie à 2 personnes lors du démantèlement de l’usine et plusieurs autres blaisées. Presque un an après, l’enquête ouverte n’a donnée aucune suite à ce drame.

Au demeurant, Orano Mining continue d’exploiter la mine de Somair  et reste détenteur de l’exploitation du gisement d’Imouraren le plus fourni en Afrique dont la mise exploitation est porté à sine die. 

Des inquiétudes au cœur de la nouvelle aventure…

Même si l’arrivée des canadiens dans le secteur uranifère nigérien suscite beaucoup d’espoir, elle n’est pas exempt de critique. Selon les acteurs de la société civile spécialisée sur les questions minières il y a des doutes sur la volonté de Global Atomic de proposer au Niger une meilleure exploitation de son uranium. Des griefs relevés contre Somida font croire que cette société va vers une réplique des échecs de la Cominak. 48 heures après le lancement de son exploitation, la Coordination de la Société civile d’Arlit cité minière du Niger a rendu une déclaration dans laquelle elle dénonce des entorses aux procédures à respecter avant l’ouverture d’une exploitation conformément au code minier.

Selon elle « l’étude d’impact environnemental était  sur mesure, sans la participation de la population concernée par le projet. Cette étude ne prévoit aucun fonds pour le réaménagement du site ou pour les générations futures » peut-on lire dans la déclaration.

Aussi, ce projet n’a pas pris en compte de l’indemnisation  des populations vivant sur l’espace confisqué apprend-on.

Anciens cadres des mines d’Arlit pour la plupart, les  auteurs de la déclaration ont aussi dénoncé l’exclusion des jeunes de la région, de l’ignorance et de la marginalisation des communautés et des chefs traditionnels  vivant dans la zone.

Toutes ses raisons et biens d’autres sur lesquelles nous reviendrons laissent croire que la mine de Somida comme celles détenues par les français ne sera pas bénéfiques aux populations.

Youssouf Sériba

Fin de l’opération Barkhane : La société civile jubile, mais s’inquiète de la suite

(Échos du Niger 10 novembre) Ce mercredi 9 novembre 2022, le président français Emmanuel Macron a annoncé la fin de l’opération Barkhane. Cette annonce a été faite dans une allocution au cours de laquelle le chef de l’exécutif français a défini la nouvelle politique de l’Élysée en matière de défense. « Nous lancerons dans les prochains jours une phase d’échanges avec nos partenaires africains, nos alliés et les organisations régionales pour faire évoluer ensemble le statut, le format et les missions des actuelles bases militaires françaises au Sahel et en Afrique de l’Ouest », a-t-il déclaré à cet effet. Dans les rues de Niamey et partout ailleurs au Niger, cette annonce a été favorablement accueillie particulièrement par les acteurs de la société civile et par les leaders de l’opposition. Depuis quelques mois, ces derniers ne cessaient de réclamer le départ des forces françaises installées dans le pays depuis leur départ du Mali voisin. Le M62, une organisation de la société civile a été parmi les premiers à se prononcer sur cette annonce. « Nous estimons qu’il s’agit d’un pas. Mais nous attendons de voir, car la France a ses manières de faire. Dire que l’on met fin à l’opération Barkhane est une chose, mais vous pouvez prendre des décisions pour simplement changer de nom et continuer les mêmes pratiques sous d’autres appellations ou d’autres opérations qui pourraient se dérouler en Côte d’Ivoire, au Bénin ou au Togo, pour continuer à agir pour déstabiliser le Sahel. » a déclaré Abdoulaye Seydou, le coordonnateur du M62.

Pour tournons la page qui est également une organisation de la société civile hostile à la présence française, cette annonce n’est qu’une ruse et l’ancienne puissance coloniale compte simplement changer de nom pour mieux rester dans le pays. Son coordonnateur a d’ailleurs affirmé que mettre fin à l’opération Barkhane n’est pas synonyme de départ des troupes françaises encore moins de fermetures des bases françaises.  À l’instar des leaders de la société civile, les leaders de l’opposition s’estiment satisfaits de l’annonce du président Macron, mais ont des doutes quant à l’avenir. La grande question est alors de savoir quelle opération la France compte mettre en place en lieu et place de Barkhane. Les prochains jours ou semaines nous le diront.

Mawulolo Ahlijah

Niger : la lutte contre les maladies tropicales négligées, tributaire d’un faible accès à l’eau en zone rurale

Au Niger, les Maladies Tropicales Négligées (MTN) font partie des problèmes de santé publique préoccupante au vu de ses conséquences sur les personnes affectées à savoir défiguration et handicap. Selon le Programme National de Lutte Contre, les Maladies Tropicales Négligées, environ 15 millions de Nigériens (sur les 25 que compte le pays) nécessitent un traitement préventif contre ses maladies. Ayant pour cause principale le manque d’hygiène, des gestes simples permettent de se prémunir contre elles : le lavage des mains à l’eau et au savon. Cependant, quand certaines populations méconnaissent l’importance du lavage des mains, dans certaines zones, c’est l’absence d’infrastructures hydrauliques qui empêche son accomplissement. Reportage

Les maladies tropicales négligées (MTN) sont un groupe de dix-sept (17) pathologies qui sévissent principalement dans les zones tropicales à l’image du Niger. Il s’agit de la lèpre, le Trachome (maladie cessitante), les Tréponématoses, la Trypanosomiase (maladie du sommeil), la Dracunculose (ver de Guinée), les trématodoses, la Filariose lymphatique, l’Onchocercose, la Bilharziose (Schistosomiase) et les Géohelminthiases (vers intestinaux), la Dengue, la Mycétome, les Géohelminthiases, la Rage, l’Ulcère de Buruli, le Pian, la Leishmaniose. Selon l’OMS, elles touchent plus d’un milliard de personnes au monde parmi les populations les plus pauvres.

Au Niger, selon le Programme National de Lutte Contre les Maladies tropicales Négligées (PNLCMTN), quatre (4) MTN touchent le plus de personnes à savoir le trachome, la Trypanosomiase, la Lèpre et la Filariose lymphatique. Le Gouvernement s’est fixé l’objectif de les éradiquer à l’horizon 2025, un objectif ambitieux qui passe par le renforcement de l’hygiène publique et l’assainissement. Cependant, le défi est immense tant l’accès à l’eau qui constitue le socle de toute politique d’hygiène fait défaut en zones rurales où vit 83 % de la population selon le dernier RJPH de 2012.

Dans ces zones, seulement 45 % de la population a accès à l’eau (rapport de suivi Proseha 2016-30). Ainsi, ce faible accès à l’eau qui touche toutes les huit régions du pays constitue un terreau fertile pour les MTN.

Lépreux, « je me lavais rarement les mains avant les repas»… 

Située à 614 km de Niamey, la région de Maradi fait partie des régions les plus touchées par les MTN.

Au quartier Limantchi un bidonville de chef-lieu de la région, Mahamadou Ousmane âgé de 65 ans nous relate comment il a été affecté par la lèpre. « Cette maladie, je peux le dire aujourd’hui, je l’ai contracté par mégarde aux principes d’hygiène notamment le lavage des mains qui n’était pas une habitude chez moi. Depuis que j’étais enfant, pendant les heures de repas, je me lavais rarement les mains avant de manger, pour moi, cela n’avait pas d’importance. ‘’Tout ce qui ne te tue pas te rend plus fort’’  c’était ce que disait nos parents eux-mêmes comme pour nous encourager dans ce sens, cela nous confortait dans cette façon d’être » nous a-t-il confié.

Or, sans en avoir conscience, Mahamadou Ousmane analphabète comme ses deux parents, mettait sa santé en péril. « J’ai contracté la lèpre quand j’avais 25 ans, c’était juste avant mon mariage peu après la cérémonie du henné, j’ai commencé à sentir des douleurs dans ma pomme sans trop m’inquiéter en me disant que ça va passer ce n’était pas le cas. Devant la persistance de la douleur qui devenait plus pressante, je me suis rendu à l’hôpital pour consultation, c’est là qu’on a diagnostiqué la lèpre » déclare Mahamadou.

Depuis lors, il a pris connaissance auprès des médecins et les services de prise en charge des MTN l’importance de l’hygiène pour la santé, particulièrement le lavage des mains, malheureusement pour lui, c’était trop tard, il était déjà affecté. Depuis ce temps, il milite au sein de l’Association des personnes lépreuses (APL) de Maradi dont il est devenu le président depuis mars 2021.

Œuvrer dans ce cadre de bénévolat est une façon pour lui de se rendre utile à la société et sensibiliser les populations sur les MTN, dit-il. « Je ne voulais pas tomber dans la mendicité comme la plupart des lépreux que nous voyons à Maradi. Et avec certaines ONG j’ai participé à des campagnes de sensibilisation sur le lavage des mains et sur l’hygiène de façon générale, c’est une fierté pour moi » a-t-il déclaré avant d’inviter les populations de Maradi à faire du lavage des mains, un reflex de tout instant.

L’eau potable, ‘’un vaccin maison’’ contre les MTN…

Les mauvaises conditions d’hygiène environnementale, sont parmi les principales causes de prolifération des MTN en milieu rural. Dans ces zones, « la défécation à l’air libre et le manque d’infrastructure d’assainissement rend les sols contaminés par des multitudes de bactéries y compris celle porteuses de MTN » nous explique Ousmane Yacouba chef de brigade régionale de la police sanitaire à la DRSP de Maradi. De ce fait, « il faut se laver les mains avant de manger, après avoir déféqué, avant de préparer les aliments. C’est une méthode de lutte très efficace contre les MTN, c’est pourquoi nous disons dans le jargon de l’hygiène publique que l’eau est un vaccin maison contre les MTN, mais encore faut-il qu’elle soit potable » fait savoir le chef de brigade de la police sanitaire de Maradi.

Du reste, le lavage des mains, est conseillé pour les adultes, les enfants, il est recommandé au service, à domicile, au marché, à la boutique avant toute œuvre humaine de nature propre c’est-à-dire en relation avec l’alimentation, ou en relation avec le contact corporel, conclut Mahamadou Ousmane. Cependant ces recommandations sanitaires ne sauront être pratiquées par une grande majorité de la population rurale nigérienne du fait du manque d’accès à l’eau.

L’accès à l’eau un défi au Niger…

Au Niger, moins d’une personne sur deux en zone rurale a accès à l’eau potable, d’où le manque de lavage de mains dans certaines zones. C’est que nous explique Hamani Dji, âgé de 45 ans un lépreux natif du village de Kokmani (région de Tillabéry dans l’Ouest du Niger). « Au village, le lavage des mains n’était pas quelque chose d’important. Pour notre alimentation, et nos besoins quotidiens, nous utilisons l’eau du fleuve » déclare Hamani. Depuis qu’il a contracté la lèpre, il est venu s’installer à Niamey enfin d’avoir une meilleure prise en charge et profiter de la qualité de vie qu’offre la capitale nous dit-il. 

Nombreux sont les villages où le manque de point d’eau potable oblige les populations à se résoudre à la consommation des eaux de mare et de fleuve avec les risques que cela comporte, c’est le cas du village de Tsosamia.

Situé à environ 80 Km de Maradi, dans le département de Guidan Roumdji, ce village est illustratif de ce problème d’accès à l’eau qui freine la lutte contre les MTN en zone rurale. D’une population de plus de 3 000 habitants, les ménages de ce village s’alimentent avec l’eau du Goulbi (mare). « Depuis deux ans aujourd’hui notre plus grande préoccupation, c’est avoir de l’eau potable, le puits que nous avons ne procure plus de l’eau potable. L’alimentation en eau potable est devenue un problème même pour le CSI du village » nous explique Nassirou Ibrahim chef du village Tsosamia.
Rabiou Abdou un jeune du village a trouvé une opportunité dans cette situation, il va puiser de l’eau à Tsamia Iyaka, un village voisin situé à environ 7 km pour la revendre dans son village. Il vend la barrique à 200 FCFA, un magot que très peu de ménages sont prêts à débourser pour se procurer de l’eau potable préférant s’approvisionner avec l’eau de la mare.

Rabiou Abdou vendeur d’eau


A la Direction Régionale de l’Hydraulique de Maradi nous avons tenté d’en savoir plus sur ce manque de point d’eau, mais c’était sans succès. Le chef du service Hygiène et Assainissement Yaou Zoumbay quant à lui appelle les populations à ne pas négliger le lavage des mains, « il y a des moments critiques où il faut forcément se laver les mains, tels que : quand on sort des toilette, quand la maman veut allaiter son enfant, avant le repas surtout pour les enfants » indique le responsable de l’Hygiène et l’Assainissement de la Région de Maradi.

Youssouf Sériba

Ce reportage a été réalisé avec l’appui de l’ONG Speak-Up Africa.