Assainissement et santé publique au Niger : plus de  16 millions n’ont pas accès aux toilettes. (Rapport)

Avec un indice de développement humain parmi les plus faibles au monde 0,4, le Niger fait face à un important défi en matière d’hygiène et assainissement plus particulièrement l’accès aux toilettes. Selon le Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement, plus de 78,1 % de la population n’a pas accès à des latrines. Conséquence, 16 629 692 de Nigériens font leurs besoins en plein air, une situation qui génère de conséquences sanitaires énormes. Malgré cet enjeu sanitaire considérable, la défécation en plein air est en progression depuis 2017.

De 68,7 % en 2017, le taux défécation en plein air est passé à 70.8 % en 2018 pour atteindre 78,1 % en 2019 selon l’enquête pour le suivi de la situation de l’accès des populations à l’eau et a l’assainissement publié en 2020 par l’INS. Les conséquences de cette situation sur l’environnement et la santé publique sont insoupçonnables. Selon l’OMS, «un(1) gramme de fèces peut contenir 10 millions de virus, un (1) million de bactéries et mille (1 000) kystes parasites et la défécation à l’air libre contribue à plus de 800.000 décès chaque année, plus que les décès liés au paludisme ».

Au Niger, « elle provoque des maladies comme la fièvre typhoïde, le choléra, la diarrhée, les maladies liées aux vers, l’hépatite A, la poliomyélite, le trachome » indique le ministère de la Santé publique de la population et des affaires sociales. En milieu rural où le manque de latrines est très rependu, ces maladies font partie des premières causes de mortalité. Pour cause, «dans ces zones faute d’infrastructures d’assainissement, les populations font leurs besoins dans les champs, les forêts, les buissons, les lacs et les rivières. Une des conséquences de cette situation, en est que le Niger est confronté à une épidémie de choléra chaque deux (2) ans» nous explique M .Yaou Zoumbay chef service hygiène et assainissement à la Direction de l’hydraulique à Maradi. La dernière épidémie de choléra en date a fait 151 morts entre mars et septembre 2021 avec plus 4 800 cas enregistrés. Cette épidémie a touché principalement 6 régions (sur les 8 que compte le Niger) à savoir Dosso, Maradi, Niamey, Tahoua, Tillabery et Zinder. Les régions Tahoua et de Maradi en sont les régions les plus touchées avec respectivement 63 et 47 morts.

Yaou Zoumbay CS hygiène/assainissement (Maradi)

Le manque d’infrastructures d’assainissement en milieu rural constitue également la principale cause de prolifération des Maladie Tropicales Négligées (MTN) telles que le ver de guinée et le trachome. « Lorsque le sol est contaminé par la défécation, il infecte l’environnement, les eaux de surface et de boisson qui deviennent ainsi vecteurs de maladies comme le ver de guinée de la filarziose du trachome, la leishmaniose, le filarsiose qui sont toutes provoquées par la mauvaise hygiène environnementale » nous explique Ousmane Yacouba chef de brigade de la police sanitaire de la région de Mardi.

C’est pourquoi le lavage des mains doit être, dit-il de mise dans ces milieux où les populations n’ont pas accès aux latrines afin d’atténuer les conséquences de ce manque d’infrastructures d’hygiène et assainissement.

Un enjeu de dignité pour les femmes et les jeunes filles…

Au-delà de la problématique de santé publique, l’accès aux toilettes revêt bien d’autres enjeux. Selon l’OMS, « La défécation en plein air est un affront à la dignité, et au bien-être, en particulier des filles et des femmes. Par exemple, des centaines de millions de filles et de femmes dans le monde manquent d’intimité lorsqu’elles ont leurs règles. La défécation en plein air les expose également à un risque accru d’exploitation sexuelle et d’insécurité personnelle » indique l’OMS dans son rapport sur l’Impact transformationnel de l’élimination de la défécation à l’air libre.

Au Niger le selon les données les plus récentes, issues du rapport de l’enquête pour le suivi de la situation de l’accès des populations à l’eau et a l’assainissement, 2 310 057 femmes et de jeunes fille défèquent en plein air. Une situation qui interpelle tous à une synergie d’action pour mettre fin à cette atteinte à la dignité.

Image d’illustration

Le manque de toilette, touche également les écoles, selon le Programme Solidarité Eau (Ps-Eau) Niger « seulement 2 écoles primaires sur 10 sont équipées en bloc latrines. En outre, ces équipements ne sont pas toujours fonctionnels, faute d’entretien et ne correspondent pas toujours au nombre d’élèves fréquentant l’école », ce qui n’est pas sans conséquence sur la scolarité de la jeune fille.

Mettre fin à la défécation en plein air…

Mettre fin à la défécation en plein air constitue une urgence de la plus haute importance. Le vice-secrétaire général des Nations-Unies Jan Eliasson a déclaré en mai 2014 « un(1) enfant meurt toutes les deux(2) minutes et demie d’une maladie liée à la défécation en plein air, des morts silencieuses, qui ne sont pas évoquées dans les médias, et ne font pas l’objet d’un débat public » a-t-il indiqué.
Au Niger le défi est immense, selon la feuille de route pour mettre Fin de à la Défécation à l’Air libre (FDAL) d’ici 2030, « il faudra réaliser un taux de performance annuel de 7,8%, soit plus de 6300 villages à certifier (zéro défécation en plein air) correspondant à plus d’un million et demi de personnes ».
En juin dernier, dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale, le Ministre de l’Hydraulique de l’Assainissement Adamou Mahaman a été interpelé par le député Kala Moutari sur la question de l’hygiène publique et l’accès à l’eau.
Si le Ministre Adamou Mahaman a pu présenter quelques réalisations concrètes sur l’accès à l’eau notamment en milieu rural, en ce qui concerne les infrastructures d’assainissement, rien de concret n’est ressorti de ses interventions.
« L’accès aux infrastructures d’assainissement constitue une des priorités pour le Niger. C’est conscient de ces enjeux que le gouvernement s’est engagé depuis 2016 pour l’atteinte des Objectifs du Développement Durables (ODD6) pour accélérer les progrès pour un accès universel à l’eau potable, l’hygiène et à l’assainissement à l’horizon 2030 » a-t-il simplement professé. Le membre de l’Exécutif a mis en avant l’adoption en mai 2017, le Programme Sectorielle Eau, Hygiène et Assainissement (PROSEHA) 2016 – 2030. Or force est de constater que ce programme n’a su enraillé la défécation en plein air qui est en progression comme en témoignent les statistiques officielles sur la période 2017, 2018,02019.

Youssouf Sériba


Ce contenu a été produit avec l’appui de l’ONG Speak-Up Africa.

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