Agroécologie : les recommandations du journaliste sénégalais, Birame Faye

En marge de la formation sur « l’investigation sensible aux changements climatiques », le journaliste Sénégalais, Birame Faye est revenu sur l’importance de l’agroécologie dans la lutte contre le dérèglement climatique.

L’Agriculture a un impact sur l’environnement, car elle contribue aux changements climatiques. Pour solutionner, le journaliste Sénégalais et chercheur, Birame Faye a invité à la gestion durable et naturelle des terres, la lutte contre et l’abandon des organismes génétiquement modifiés (OGM) et pesticides chimiques, la promotion des solutions naturelles de traitement des maladies des plantes.

Journalistes en formation ©Frank Pougbila

Le journaliste a recommandé l’usage des semences paysannes et la promotion de la recherche scientifique pour trouver des solutions locales et naturelles pour une agriculture saine. Il a déconseillé l’usage des tracteurs et animaux pour emblaver ou cultiver les champs agricoles. Ils contribuent, selon lui, à dégrader les sols et émettent des gaz à effet de serre. Cette formation qui a débuté, ce lundi 25 avril pour prendre fin, le jeudi 28 avril 2022, regroupe des journalistes du Burkina Faso, Mali, Niger et Sénégal. Elle est une initiative de la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest ( CENOZO ). Les 20 journalistes parleront du Sahel face au risque climatique, l’investigation à l’enquête environnementale et une table ronde sur « Défis climatiques : quelles collaborations entre médias et société civile ».

Frank Pougbila

l’ONG lumière des cœurs lance un ouvrage pour les enfants démunis, usagers de drogue et un Téléthon pour venir en aide aux orphelins

Lumière des cœurs est une Ong dont la vocation est la protection des enfants démunis et orphelins et la prise en charge psychosociale des usagers de drogue. C’est pour relancer ses activités avec le lancement de l’ ouvrage qu’ elle a conçu pour la protection des enfants qu’ elle a organisé un Téléthon dans l’amphithéâtre du SNAD le samedi 16 avril dernier.

(Les Échos du Niger, 22 avril) Plusieurs allocutions ont été prononcées, à commencer par celle de la représentante de la ministre de la protection de l’ enfant et de la famille qui a dit en substance que le ministère qu’ elle représente est très sensible à la question qui concerne les enfants. « La cible de l’ ONG nous interpelle à plus d’ un titre, le ministère ne ménagera aucun effort pour soutenir l’ ONG Lumière des coeurs pour la réussite de la mission qu’ elle s’ est donnée en faveur des couches les plus vulnérable » a rassuré Mme la représentante de la ministre empêchée. À la coordinatrice de l’ Ong de prendre la parole pour détailler les plans et les projets que l’Ong a peaufinés pour pouvoir venir en aide à ces orphelins et enfants vulnérables à la merci de la drogue. C’ est ainsi qu’ ils ont pensé à monter le projet Nafa alou fissabilillah ou compétence transversale à travers lequel une collecte se fera pour réunir les moyens pouvant leur permettre d’ habiller, de nourrir ou de soigner ces couches vulnérables de la société et aussi en prenant en charge leurs familles qui sont pour la plupart des plus démunies. Le projet va loin jusqu’à la réinsertion socio professionnels des orphelins à travers des activités génératrices de revenus. Le projet a pensé à appuyer les jeunes filles démunies ou orphelines en leur apportant une aide significative en accessoires de ménages pour accompagner celles qui se marient à avoir une stabilité dans le foyer en l’ absence d’ un papa pour assumer cette tâche parentale à la jeune mariée. Une prêche animée par Oustaz Bizo a suivi tous les discours pour illuminer l’ assistance sur les avantages qui attendent le musulman qui se porte volontaire pour aider des couches vulnérables et des orphelins autour de lui. Après tout, s’ en est suivi le Téléthon avec des dons en espèces et en natures dont des bourses d’ études en faveur des enfants démunis.

Abdoulaye Aboubacar

Lutte contre la malnutrition : À la découverte du système intégré de résilience Hamzari de l’USAID dans le département de Guidan Roumdji

Situées dans la région de Maradi, les communes de Guidan Roumdji, Guidan Sori et Chadakori bénéficient à travers 325 villages, dont ceux de Tambaraoua et Koumboula depuis 2018 du programme résilience Hamzari mis en œuvre par CARE/Niger avec le financement de l’Agence des États-Unis pour le Développement International (USAID). À Tambaraoua, Hamzari qui allie accès à l’eau, nutrition et gestion collaborative des ressources de la commune afin de prévenir les conflits a su apporter un changement notoire dans la vie des populations.

D’une population estimée à un peu plus de 1 434 habitants, le village Tambaraoua, situé dans la commune de Guidan Roumdji rompt depuis un an aujourd’hui avec la vulnérabilité grâce à l’intervention des activités de lutte contre l’insécurité alimentaire du projet Hamzari dans la région de Maradi. Cette transformation du quotidien des populations de Tambaraoua a débuté avec l’amélioration de l’accès à l’eau dans la commune dans le cadre de Hamzari. Il s’agit de l’installation en avril 2021 d’un Poste d’Eau Autonome (PEA) qui alimente depuis lors de manière permanente toute la population de Tambaraoua. Harouna Souley, chef de village de Tambaraoua, ne fait pas mystère de sa satisfaction « nous sommes très heureux de la réalisation de ce forage qui est venu solutionner les problèmes d’accès à l’eau auxquels nous étions confrontés. Avant ce forage par exemple, une femme pouvait passer plus de 2 à 3 H de temps au puits pour avoir de l’eau, aujourd’hui l’approvisionnement se fait en 5 minutes » a-t-il indiqué.

PEA réalisé par USAID Hamzari © Youssouf Sériba

Sans aucun doute, le baromètre de ce changement constitue les femmes qui s’occupent de l’hygiène et du soin des ménages. Barira Chaibou nous livre la teneur de ce changement qui apporte du bonheur dans les ménages « avant ce forage nous souffrons beaucoup pour avoir de l’eau du puits pour notre consommation, les travaux ménagers, et pour nos bétails. Il faut se réveiller à 3 H du matin pour marcher plusieurs kilomètres jusque dans les villages voisins pour avoir de l’eau » nous indique la jeune femme. « Depuis que nous avons l’eau du forage notre quotidien a radicalement changé, nous avons du temps pour nous reposer. Nous pouvons maintenant dormir jusqu’à 9 H car nous pouvons aller prendre de l’eau à n’importe quel moment de la journée pour nous et nos animaux » se satisfait Barira Chaibou. La réalisation de ce PEA à énergie solaire a été précédée d’une étude sur les eaux souterraines exécutée par USAID | TerresEauVie (mis en œuvre par Winrock International) en collaboration avec Hamzari sur toute le bassin versant du Goulbi’n Maradi afin d’évaluer le potentiel hydraulique souterrain ainsi que la qualité de l’eau et mettre en place des programmes de gestion des ressources en eau. « Cette étude a conclu que ce bassin n’est pas contaminé par des matériaux lourds à l’exception de quelques Escherichia coli et coliformes totaux qui sont gérables avec le traitement à l’hypochlorite de calcium» a fait savoir Hamissou Lawali Directeur départemental de l’Hydraulique.

point d’eau village de Tambaraoua ©Ys

Afin de garantir la pérennité de cette ressource centrale dans la vie des populations, la gestion de ce PEA placée sous la tutelle de l’Association des usagers du service public de l’eau (AUSPE) se fait selon la réglementation en vigueur en matière de gestion de l’eau en milieu. Tous les habitants du village ont accès à l’eau en raison de 25 francs pour 2 bidons de 25 litres. Selon Rabé Ado Chipkaou gestionnaire du PEA, « ce point d’eaux génère environ 12 millions FCFA de chiffres d’affaires/an ». Une part de ce fond est reversée à la collectivité pour appuyer le développement local, l’autre partie utilisée pour supporter les charges du délégataire et assurer le renouvellement et l’extension nous fait savoir Rabé Ado Chipkaou. L’accès à l’eau favorise aussi l’hygiène en milieu scolaire, de ce fait, le PEA de Tambaraoua a apporté une nette amélioration en matière de propreté à l’école primaire du village. Ainsi, selon Souleymane El Idi, « l’eau est un élément fondamental dans l’éducation des enfants. De ce fait, c’est pour nous un motif de réconfort que d’avoir ce point d’eau. En plus de l’alimentation, il permet d’assurer l’hygiène corporelle et vestimentaire des enfants » a-t-il indiqué.

Le Directeur de l’école primaire Tambaraoua ©Ys

Outre l’amélioration des conditions de vie et l’hygiène des ménages ce forage à redonner vie à l’activité agricole sur laquelle repose l’économie locale à travers les cultures maraîchères par les coopératives Mata Masu Dubara (MMD) de la zone.

Des communautés à l’abri des détresses en période de soudures…

Depuis le lancement du projet Hamzari à Tambaraoua, la période de soudure a cessé de rimer avec détresse des ménages. Pour cause, la disponibilité permanente de l’eau a redonné vie aux activités agricoles notamment les cultures de contre saisons. Ceci a permis la mise en place des jardins de cases nutritionnelles qui occupent une vingtaine de ménages qui se procurent des revenus grâce à la production et la transformation de produits maraîchers. En plus, la banque céréaliere (BC) du village, gérée par le réseau féminin Niya a été renforcée en stock par Hamzari pour assurer la sécurité alimentaire des ménages extrêmement vulnérables en période de soudure. Selon Hama Harouna responsable de la composante résilience Hamzari « cet appui en stock de mil d’environ 2 tonnes permet d’aider les ménages extrêmement vulnérables en période de soudure, période au cours de laquelle ces ménages en manque de nourriture s’adonnent à des activités de salariat agricole ce qui leur fait manquer du temps pour s’occuper de leurs propres parcelles de production » nous apprend Hama Harouna. Cette initiative devrait ainsi permettre de soustraire les ménages extrêmement vulnérables de l’escalade de vulnérabilité.

Des greniers ©Ys

Rakia Adamou, présidente du réseau Niyya, nous explique l’utilité et le fonctionnement de base de la BC. « Nous avons constitué ce stock de mil grâce à un appui financier de la Hamzari qui nous a permis d’acheter 20 sacs de mil (environ 1 800 kg) ajoutés à ce que nous avons pu mobiliser à notre niveau. Avant de procéder à la vente à prix modéré pour les ménages, nous nous référons au prix du marché pour déterminer un prix accessible aux ménages en fonction du stock disponible. Nous arrivons à couvrir les ménages du village et soutenir de fois des villages vision » indique Rakia Adamou. Ce succès de la BC de Tambaraoua a été possible grâce à l’engagement des femmes de la communauté à travers le groupement Niyya dont les membres ont été formés en ce sens et équipés de guide de la vente de céréales. Après un (1) an de mise en œuvre, le projet Hamzari a radicalement changé le quotidien des populations des localités d’intervention à l’image Tambaraoua. Cet impact du projet se matérialise entre autres par la réhabilitation du système d’alimentation en eau potable qui renforce l’accès à l’eau potable pour environ 1434 personnes, ainsi que le développement agricole.

Point d’eau ©Ys

Ces acquis sont renforcés et pérennisés par les appuis fournis par TerresEauVie en matière de sécurisation du site, de la mise en place d’un système de gestion fonctionnel et redevable envers les populations et grâce aux résultats de l’étude sur les eaux souterraines (de la commune de Guidan Roumdji qui sont devenus un acquis pour la collectivité dans la perspective de projets hydrauliques à venir.

Youssouf Sériba

Corvées domestiques en période de Ramadan, ce qu’en pense Mme Goge Maimouna Gazibo

Jeune fille, toi qui me lis apprends à cuisiner ….
Ce matin comme beaucoup d’autres matin quand je suis au Niger, je me suis réveillée à 04h du matin pour réchauffer la pâte de mais et la sauce Gombo que j’ai spécialement cuisiné la veille pour les enfants et leur papa en prélude à cette journée consacrée au jeun et à la dévotion. Dans cet exercice, je n’ai ressenti ni sentiments d’infériorité, ni acte de soumission ou encore d’esclavage. Bien au contraire, j’ai remercié Dieu d’être dans un foyer ( beaucoup d’autres femmes n’ont pas Cette chance et espèrent que le ramadan prochain les trouvent dans des foyers) d’avoir des enfants ( nombre de femmes en cherchent par tous les moyens y compris les crimes et delits) et d’avoir de quoi servir ( des nombreuses familles de l’intérieur du terroir entament le jeun avec à peine du son de shorgo ou de la boule de mil frelatée de la veille)….

A force de recevoir de femmes et jeunes filles dans les locaux de Chroniques Juridiques, pour avoir beaucoup voyagé de par le monde j’ai compris qu’ aucune position professionnelle ne peut personnellement me combler plus que mon statut de mère et d’épouse :C’est mon choix personnel qui me correspond et me satisfait pleinement
Je comprends bien évidemment que d’autres femmes rêvent plus grand et à meilleure vie: je n’ai jamais été une femme ambitieuse: ma plus grande ambition c’est vivre assez longtemps pour assister au mariage de mes enfants et regarder les cheveux blancs de mon époux: c’étaient aussi les rêves de ma grand mère et de ma mère j’en conviens mais est ce un crime ?
Femmes émancipées d’Afrique de grâce arrêtez de faire croire à nos petites sœurs et nièces que cuisiner pour sa famille est un fardeau ou un acte de domination: c’est une passion pour nombre de femmes qui ont regardé leur mère servir leur père dans le respect et la tradition Africaine.
J’ ai un master de l’ENA de France outre mon diplôme de magistrature, j’ai plusieurs autres qualifications et distinctions mais je cuisine, je fais la vaisselle et je n’ai pas de domestiques pour servir mon époux et mes enfants à ma place…. c’est mon choix , je ne suis pas pingre , je suis pas radine, et j’ai encore moins honte de vouloir m’occuper moi même de mon trésor : MA FAMILLE !
Les Femmes émancipées d’Afrique, tout en vous félicitant pour le travail quotidiennement abattu ( je suis témoin de la nécessité et de l’impact de votre travail sur certaines mentalités rétrogrades ) pour libérer la femme Africaine des préjugés et pesenteurs socioculturelles( Beaucoup de filles sont victimes et ont besoin de votre combat qui est salutaire à bien des égards) mais arrêtez tout de même de faire croire que toutes les femmes ménagères sont malheureuses ou sont à plaindre. Nous sommes nombreuses à trouver notre bonheur et notre équilibre dans la cuisine et les travaux ménagers pour le bien-être de nos maris et de nos enfants!
Nous respectons votre compréhension des notions d’égalité et d’emancipation, à votre tour arrêtez d’influencer et rebeller des filles naïves et innocentes contre notre identité culturelle pour en faire des adeptes d’autres cultures !

Goge Maimouna Gazibo May Gazibo

Youth Connect/ Sa’a Matassa, une enveloppe de 19,6 milliards FCFA de l’USAID pour renforcer la résilience des jeunes à travers le Niger

L’Hotel Bravia de Niamey a servi de cadre au lancement officiel du projet Youth Connect/ Sa’a Matassa mis en œuvre par Mercy Corps avec le financement de l’USAID le lundi 28 mars. La cérémonie a été présidée par le ministre l’Aménagement du territoire et du développement communautaire M. Maman Abdou Mahaman. Ce dernier a à cette occasion remerciée l’USAID pour cette initiative qui vient soutenir la lutte contre le chômage et faciliter l’insertion des jeunes dans le tissu économique, un des défis auxquels le gouvernement fait face a laissé entendre M. Maman Abdou Mahaman. « L’USAID n’a cessé d’accompagner l’État du Niger dans la recherche des solutions durables aux problèmes de développement. Cet accompagnement multiforme se traduit par des actions à travers plusieurs projets et programmes de développement » a-t-il souligné. La représentante de l’USAID Mme Grace Lang a pour sa part indiqué « le projet Youth Connect est le produit d’une initiative plus large qui vise explicitement et intentionnellement à concevoir des programmes à la croisée de la lutte contre l’extrémisme violent et de la résilience ». Ce projet, dont la mise en œuvre a déjà débuté au courant de l’année 2020 avec un financement de l’USAID à hauteur de 19,6 milliards de francs CFA, touchera à terme environ 65 000 jeunes dans les régions de Tillaberi, Maradi et Diffa. Durant 5 années (2020-2025) Youth Connect/ Sa’a Matassa, va renforcer les compétences et les capacités des jeunes sur les opportunités du marché ; les aider à établir de meilleurs liens entre les opportunités et les réseaux économiques ; à créer un cadre de participation effective des jeunes à la gouvernance, entre autres. La cérémonie a été marquée par une présentation détaillée du projet par zone d’intervention faite par le Dr. Nivo Ranaivoarivelo, Chef de projet Youth Connect/Sa’a Matasa. Cette séance a été suivie par des témoignages de quelques bénéficiaires du projet à l’exemple de celle d’Aboubacar Issoufou un jeune du département de Tessaoua (région de Maradi). « Je fais partie des jeunes qui ont bénéficié des formations dans le cadre de la mise en œuvre de Youth Connect/Sa’a Matasa. Bien avant ce projet, je reparais les téléphones dans le hasard. Mais depuis que j’ai bénéficié de ce projet, je suis devenu un réparateur professionnel et je tire le maximum de profit. Aujourd’hui grâce cette formation j’ai déjà formé d’autres jeunes qui trouvent leur compte aussi dans ce métier » a fait savoir le jeune réparateur de téléphone.

Youssouf Sériba

Enquête/ Détournement de cotisations, recrutement parallèle et corruptions : l’école nigérienne malade de ses COGES

Par Youssouf Sériba

C’est incontestablement l’une des meilleures initiatives du secteur éducatif des 2 dernières décennies. Partie d’une bonne intention qu’est celle de faire participer la communauté dans la gestion des établissements scolaires publics, 20 ans après leur mise en place les Comités de Gestion des Établissements Scolaires (Coges) s’écartent de plus de leur objectif premier du fait d’individus qui ont fait des cotisations du Coges leurs fonds de commerce. Détournement de fonds Coges, entrave aux activités académiques, recrutement parallèle, majoration délibérée des montant de cotisation, affairisme bras de fer entre les acteurs membres, tels sont entre autres des maux qui minent le fonctionnement des Coges. Toutes ces pratiques ont pour seule cause l’envie de faire main basses sur la cagnotte mise place « afin de pallier aux besoins primaires et prioritaires » pour lesquels on ne peut attendre l’État…

Les origines de l’initiative Coges…

C’est dans le cadre du programme Éducation pour Tous (EPT) lancé en 2002, que l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA) a fait la recommandation politique à l’État d’expérimenter l’implication de la communauté dans la gestion des établissements scolaires sous le modèle des Coges. L’initiative avait été lancée au cours de l’année scolaire, 2002-2003 avec 240 Comités pilotes mis en place à travers les 8 régions du Niger, rapidement, ils sont passés à 1000 l’année suivante, et à ce jour il y a autant de Coges qu’il existe d’établissements scolaires au Niger.

CGDES en activité ©Gps

Les acteurs siégeant dans ces structures (parents d’élèves, directeurs d’écoles, les enseignants, les mères éducatrices et le gouvernement scolaire) ont été dans cette période formés sur l’élaboration de plan d’action axé sur la qualité dans le cadre de la mise en œuvre du programme annuel du comité.L’initiative est concluante « L’Expérience du Niger permet d’affirmer que les communautés peuvent être premiers acteurs du développement de l’éducation de leurs pays pourvu qu’elles soient organisées en structures fonctionnelles » indique la JICA dans un rapport rendu public en février 2011. Cependant, c’est précisément à cette période que certaines dérives commencent par avoir cours au sein des Coges au détriment du bon fonctionnement des établissements. Les acteurs commencent alors par abandonner les bonnes pratiques capitalisées sur une décennie.

Selon plusieurs observateurs, c’est sensiblement à cette période qu’il est constaté une augmentation du montant des cotisations qui passent moyennement de 1000 FCFA à 3 000 FCFA. Une situation curieuse dans la mesure où c’est à cette période que le secteur éducatif avait bénéficié d’investissements importants de l’État qui devaient permettre de revoir à la baisse le montant des cotisations. « Entre mai 2011 et octobre 2015, ce sont 905 236 146 755 CFA qui ont été investis dans le secteur éducatif » selon le ministère des Finances ce qui représente 15,45 % des ressources investis par l’État sur la même période tous les secteurs confondus. Si l’on considère que cet investissement dans un laps de temps, est sans précèdent dans le secteur éducatif l’augmentation des cotisations Coges au même moment est inexplicable.

Selon M. Wisslimane Ransanratane, président National de l’Association Nationale des Parents d’Élèves (ANPE), les chefs d’établissement ne jouent pas leur rôle. « Dans la majorité des cas, à 80 %, il n y a pas de transparence dans la gestion des Coges. Ces directeurs d’établissements profitent de l’ignorance des parents d’élèves pour s’accaparer de la gestion des fonds du comité » a-t-il confié. M Wisslimane d’ajouter, « l’arrêté N°000040/MEN/A/PLN/SG qui régit le fonctionnement du Coges interdit que les postes de président et de trésorier soit occupé par le directeur d’école ou un enseignant. Ils sont attribués à la communauté (parents d’élèves et mères éducatrice) pourtant dans la réalité les responsables des écoles violent cette disposition ». Par ailleurs, le président de la faîtière des parents d’élèves fustige « l’augmentation observée ces dernières années du montant de la cotisation qui est fixé de plus en plus de manière arbitraire par les chefs d’établissement alors même que ceci doit être fait suivant un processus qui intègre l’ensemble des partenaires ». Le montant définit doit toujours être le résultat de la somme des besoins primaires et prioritaires de l’école divisée par le nombre de d’élèves. Il ne devait pas excéder 1 500 FCFA pour les écoles primaires et 2 000 FCFA pour le secondaire » apprend-on. À ce jour la moyenne des cotisations est de 2 000 pour le primaire et 3 000 FCFA au secondaire.

Au cours de l’année scolaire 2020-2021 « environ 3 milliards FCFA sont mobilisés au plan national en terme de cotisation du CGDES » nous apprend la Direction Administrative de Gestion des Établissements (ADAGE).

Pour restaurer la discipline et mieux organiser ces comités, le ministère de l’Éducation nationale de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales a pris en févier 2012 l’arrêté N°000040/MEN/A/PLN/SG portant création, attributions, composition, et fonctionnement des Fédérations Communales des Comités de Gestion Décentralisée des Établissements Scolaires (FC/CGDES). Ainsi, ces fédérations communales devraient assurer le bon fonctionnement et la gestion transparente des Coges (désormais appelés CGDES) dans chacune des 5 arrondissements communaux de Niamey et de même dans les 8 régions du pays. Cependant la gestion opaque des comités et les pratiques corruptives ne semblent pas régresser.

Gestion opaque, corruption et détournement…

Aux termes de l’article 9 de l’arrêté N°000040/MEN/A/PLN/SG, les 9 postes du CGDES sont pourvus par élection démocratique par les différents acteurs à l’exception du poste de président et de trésorier qui sont réservés aux membres ne faisant pas partie du personnel enseignant. En dépit de cette disposition dans la pratique, la caisse du Coges (CGDES) est détenue par le directeur d’école ou un enseignant en violation de la loi. Dans certains cas, ces derniers n’hésitent pas à se tailler des ‘’ristournes’’ sur les cotisations, c’est le cas au CES Hima Yankori de Niamey (CEG 3). Dans ce collège d’enseignement qui fait partie des plus anciens du Niger, un nommé GB a durant plusieurs années perçues 200 FCFA sur chaque cotisation sur plusieurs années jusqu’au courant scolaire 2017-2018 où son « business » a pris fin avec la mutation du proviseur de l’époque. Cet enseignant de mathématiques « a fait de la collecte de la cotisation son activité principale à l’école, au-dessus même des heures de cours » nous confie la proviseure du CES Hima Yankori Mme Moumouni Aichatou Mainassara qui avait mis fin à son activité. GB s’est dispensé de la charge horaire normale d’un enseignant de sa catégorie dont la moyenne se situe entre 15 et 21 heures par semaine. Le collecteur de deniers scolaires du CES Hima Yankori « se retrouve avec 5 heures de cours par semaine (soit une classe de TD) le juste minimum lui permettant d’être retenu en fin d’année pour la correction des examens du bac » apprend-on auprès d’une source de l’établissement.

Mme Moumouni proviseure CES Hima yankori ©Les Échos du Niger

Selon M. Mounkeila Halidou Secrétaire Général du Syndicat National des Agents Contractuels et Fonctionnaires de l’Éducation de Base (SYNACEB), « dans le principe, les enseignants, n’ont rien à voir avec le Coges, ce sont les parents d’élèves et les directeurs des écoles qui s’en occupe ». Pour le SG du Synaceb, les dérives constatées, surviennent « parce que le Coges utilise souvent les enseignants pour faire pression sur les élèves quand ils ont besoins d’argent, et l’enseignant fait juste la collecte de l’argent pour remettre au comité » croit savoir Mounkeila Halidou. Le fond Coges est détourné de plusieurs manières selon les écoles. Des surfacturations sur les commandes, des emprunts rarement remboursés, des collations et des frais de taxi après les réunions ainsi que plusieurs autres avantages pour les membres du bureau, des prétendues aides sociales, la liste est longue. Toutes ces mauvaises pratiques se font dans l’opacité absolue, la preuve « il y a très peu des Coges qui font des bilan en fin d’année et pourtant c’est prévu par les textes » indique MA enseignant à l’école primaire Diori I. Selon lui, «c’est peut etre bien de gratifier, des membres de bureau seulement chaque francs de la caisse Coges correspond à une activité donnée en l’affectant à d’autres utilisation on empiète délibérément au bon fonctionnement des activités scolaires ». Malheureusement, «au moins 50 % du fond Coges est utilisé dans des activités extrascolaires ou détourné » indique notre source. S’agissant du problème de transparence des comités caractérisés par l’absence d’Assemblée Générale, le cas le plus illustratif que nous avons découvert concerne le Coges du CES Hima Yankori. Le comité de cet établissement totalise 11 ans d’existence sans bilan, une violation flagrante de l’arrêté N°000040/MEN/A/PLN/SG qui dispose en son article 7 « les membres du bureau sont élu pour un mandat de 4 ans renouvelable une (1) seule fois ». « Cette volonté de certains invendus à s’accrocher dans les comités est du fait uniquement des avantage qu’ils tirent de la caisse du Coges » selon Wisslimane Ransanratane, président de l’ANPE. « Aujourd’hui quand un chef d’établissement est affecté ou demis, la première des choses qu’il regrette c’est la gestion de la caisse Coges » nous confie M. Wisslimane.

Élection d’un bureau coges ©Gps

A Maradi, les chefs d’établissements ont fait du Coges une affaire personnelle beaucoup de directeurs d’écoles font la collecte et dépense les cotisations à leurs guise « ils organisent des simulacres d’élections et se font élire alors que tous monde savent qu’ils détournent le Coges » nous apprend M. Abdoul Razak Abdoul Kader enseignant en service enseignant en service à l’inspection 3 de Maradi et Secrétaire Général du Synaceb de la même région. La convoitise que suscite le Coges pousse souvent à des bras de fer et de poursuites judiciaires.

Un Coges devant les tribunaux pour entrave aux activités scolaires et détournement de 800 000 FCFA…

Si dans nombre de cas ce sont les responsables d’écoles qui sont pointés du doigt pour détournements des ressources du Coges, il n’en demeure pas moins que certains parmi eux fonds des efforts pour préserver ces ressources et imposer l’orthodoxie en matière de gestion du Coges. Dès sa prise de fonction en qualité de proviseure du CEG III en septembre 2018, Mme Moumouni Aichatou Mainassara a affiché son intention d’assainir cette école publique de référence. Elle s’est attaquée en premier au Coges de l’Établissement dirigé « depuis plus de 11 ans » par un homme qui n’a curieusement aucun enfant inscrit dans l’école et qui avait usé de la position qu’il détient dans le Coges pour faire obstacle aux initiatives de la proviseure. Selon elle, «ça avait commencé avec les cahiers de charges de l’école. Quand j’ai pris fonction, il n’y en avait pas j’avais donc tout naturellement demandé au Coges de nous en acheter. Ils ont catégoriquement refusé, j’étais obligé de payer, 21 cahiers de charges à 94 000 FCFA avec mon salaire » nous rapporte la Mme Moumouni Aichatou. Les faits se sont déroulés au premier trimestre de l’année. Cette fin de non-recevoir à la demande légitime de la proviseure se voulait une réaction à l’intention de la responsable de l’établissement qui avait interdit la distribution des frais de taxi après les réunions. « Quand je suis arrivé à Niamey après la première réunion que j’ai eu avec ce Coges, ils ont distribué 2000 FCFA par personne comme frais de taxi » nous confie la proviseure. Mme Moumouni Aichatou d’ajouter « J’ai été scandalisé, l’argent du Coges doit servir la bonne marche pas de l’école pas pour distribuer des frais de taxi. Être membre du Coges est bénévole j’avais donc refusé de prendre les 2000 francs et j’avais demandé à ce que la trésorière remettre l’argent à sa place ».

© Gps

Après cet épisode, le Coges avait été convoqué au commissariat central de Niamey afin d’être écouter sur les raisons pour lesquelles il avait refusé le payement de cahiers de charges pour les activités scolaires. Le bureau avait été alors sommé de rembourser les frais des 21 cahiers de charges apprend-on. Nous avons tenté d’entrer en contact avec ce Coges à travers son SG malheureusement sans succès. L’année suivante (2018-2019) « le Coges est allé jusqu’à faire obstacle à l’organisation de la 2e composition annuelle de cet établissement en juin 2019 en nous refusant les feuilles de copie et les impressions des épreuves » selon la proviseure du CES Hima Yankori qui nous apprend que « 800 000 CFA ont été détourné par ce Coges ». Le tribunal de Niamey est saisi de la question, pendant que l’affaire était en instruction le Gouverneur de Niamey à l’époque M. Hassan Karanta a initié une conciliation qui avait fini par calmer la tension entre les 2 parties. Au rang des maux qui gangrènent les comités de gestion des établissements figurent également le recrutement parallèle dans les établissements publics. Selon plusieurs sources qui se sont confié à nous dans le cadre de ce reportage, les Coges sont pour beaucoup responsables de cette corruption en milieux scolaires.

Coges et recrutement parallèle dans les établissements scolaires….

Selon la Direction Régionale de l’Éducation Nationale (DREN), « 5 189 cas de faux transferts ont été détectés dans les établissements publics à Niamey » au cours de la rentrée scolaire de cette année (2021-2022) entre septembre et décembre 2021. Une école comme le CEG lll a enregistré 519 cas de faux transferts communément appelé recrutement parallèle en 2017 selon l’administration. Si les directeurs d’établissements et les enseignants sont pointés du doigt dans le cadre de cette pratique corruptive, il n’en demeure pas moins que les Coges sont des canaux par lesquels passent ces fraudes.

© Les Échos du Niger

Selon la proviseure du CEG lll , « les membres des Coges sont les rabatteurs du recrutement parallèle ». Mme avait pris connaissance de cet état de fait au cours de sa première année à la tête du CEG lll. « Quand, je suis arrivé ici, j’avais trouvé un établissement semi-privé. Il y avait 120 à 130 élèves par classe » nous explique Mme la proviseure. Après toilettage de la liste des différentes classes sur la base du document Passage Redoublement et Exclusion (PRE) l’école s’est retrouvé avec une moyenne 35 élèves par classe, 519 élèves arrivés par fraude ont été démasqués et exclus de l’établissement. La proviseure de l’école a reçu une distinction de la Haute Autorité de la Lutte Contre la Corruption et les Infractions Assimilées (Halcia) la même année. Voici la réalité qui caractérise depuis quelques années les CGDES qui dans la majorité des cas servent des individus en lieu et place de l’intérêt de l’école nigérienne qu’ils sont censés servir.

Cette enquête a été réalisée par Youssouf Sériba avec l’appui de la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA)